Le film commence par l’évocation d’un jardin d’Éden et une voix off?: sur des images sublimes de montagnes autrichiennes immaculées, Franz dit à sa femme « Je pensais qu’on bâtirait notre nid là-haut. » C’est Hitler qui les chasse de ce jardin d’Éden, ce que souligne l’alternance d’images paradisiaques de la campagne où vivent heureux Franz et sa femme Fani – sublimées au grand-angle par le chef opérateur Jörg Widmer – et des extraits du Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl. Le contraste entre couleur et noir et blanc a valeur métaphysique?: Hitler est à plusieurs reprises désigné comme l’Antéchrist. Franz fait ses classes, mais très vite marque son incompréhension de ses concitoyens?: « Ils ne comprennent pas le Mal quand ils le voient. » Il récuse les arguments du prêtre de son village comme ceux de l’évêque – notamment sur l’inutilité de son sacrifice –, au nom de son « libre arbitre ».
Les deux derniers tiers du film insistent – lourdement, notamment du fait d’une musique d’inspiration religieuse assez pompeuse – sur le chemin de croix?: emprisonnement, tortures physiques et psychologiques… Son village se détourne de lui et de sa famille, au point de jeter des pierres à ses petites filles. Sa femme Fani est l’autre sainte de cette histoire, soutenant son mari malgré les insultes?: « Fais ce que tu crois juste », lui dit-elle lors de leur dernière entrevue. Franz s’obstine, se déclare « libre » en prison?: « Quand on abandonne l’idée de survivre à tout prix, une lumière nous inonde. » Après la guillotine, sa voix demeure, qui dit à sa femme son espérance?: « Je te retrouverai dans nos montagnes. »
La citation de T. S. Eliot qui donne son titre au film rend hommage à ceux qui humblement combattent à leur échelle les forces du mal, si puissantes soient-elles. Malgré ses lourdeurs, il faut saluer ce beau film, qui ose un propos métaphysique audacieux et sincère.

Un film de Terrence Malick. 2 h 53.
Sortie le 11 décembre 2019.
