La résolution du Synode régional

En novembre dernier s’est tenu le Synode régional de l’Église protestante unie de France de la région Ouest. Le thème de ce Synode était : Écologie : quelles conversions ? Ce sujet a été étudié dans les neuf autres Synodes régionaux et sera le thème du prochain Synode national en mai 2020. Nous vous livrons ici un extrait de la résolution qui a été votée lors de ce Synode régional*.

Le Synode régional confesse sa foi en Dieu créateur et réaffirme que la création est un don que Dieu fait aux êtres vivants. Il reconnaît que les humains sont appelés à y vivre et à cohabiter avec les autres créatures de façon responsable. [… ]
Il assure que la théologie protestante, à travers ses piliers fondamentaux et sa compréhension du salut, peut apporter des réponses spirituelles et permettre un dialogue fécond avec tous ceux que l’écologie concerne. Les croyants se souviennent que dans ces temps de bouleversements, le mot crise dans son acception grecque krisis, désigne aussi un moment de discernement et de choix : « Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur… Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance » Deutéronome 30.15-19.

 

Les sept affirmations du Synode

 

Dieu nourrit pour la création un projet de vie joyeuse, réconciliée et abondante, auquel l’humain fait aujourd’hui entrave

 

Loin d’être fidèle à sa vocation originelle, l’humain manifeste son caractère pécheur en épuisant la partie de création qu’il habite au lieu de la cultiver, et en la détruisant au lieu de la garder, et ce d’une manière inédite dans l’histoire. C’est pourquoi nous sommes appelés à nous convertir et à retisser les liens des relations rompues avec la nature, avec notre prochain et avec le Créateur. L’amour de Dieu, toujours renouvelé pour sa création, s’est manifesté en son Fils Jésus-Christ pour libérer toutes les créatures asservies par le péché qu’elles en soient responsables ou qu’elles le subissent.

 

Le sabbat nous rappelle que des limites sont essentielles pour permettre à l’humain et à la création de respirer

 

Le septième jour, Dieu a cessé son ouvrage et s’est reposé. Il nous apprend à arrêter nos activités de production et de consommation. Le sabbat n’est pas dissociable de la création, et l’accomplissement de l’œuvre de Dieu se manifeste donc dans, et par le repos. Mais le sabbat est aussi une promesse de liberté, une invitation à la contemplation, un accueil du silence et l’assurance qu’en présence de Dieu, chaque créature, humaine ou non, est digne, même lorsqu’elle ne produit rien.

 

Nous ne sommes pas seuls : Dieu est à l’œuvre avec l’humain face aux crises écologiques

 

Parce que Dieu a créé l’humain à son image, et qu’il a décidé d’en faire un être de relation, Dieu souffre des violences commises par les humains entre eux et sur la création. Pourtant, Dieu renouvelle son alliance avec toutes les créatures. Vivre avec Dieu signifie insister à la fois sur la responsabilité des humains et sur la grâce de Dieu qui lui fait don de sa création.

 

Protéger la biodiversité est la vocation de l’humain à qui il revient de prendre soin de la nature, des animaux et des plantes qui l’habitent

 

Dieu crée l’humain qui ne peut vivre seul. En nommant chaque créature (Genèse 2), l’humain entre en relation avec elles. En sauvant chaque espèce du déluge, Dieu en signifie leur valeur en soi. La biodiversité s’inscrit dès les origines dans le projet de Dieu (Psaume 104). La destruction des espèces s’aggrave et va de pair avec l’urgence climatique. Il en va des conditions de vie du vivant dont l’humain fait partie.

 

Notre réponse aux crises écologiques doit intégrer le souci constant pour la justice

 

Les crises écologiques reflètent et amplifient les inégalités sociales. Les humains les plus défavorisés, dont l’empreinte écologique est la plus faible, subissent de plein fouet les effets des dérèglements climatiques, des dégradations de la nature, et les conséquences négatives du développement économique des sociétés les plus riches. Les crises écologiques révèlent également une profonde injustice générationnelle, les jeunes vivant sous le poids de la dette écologique, les plus anciens se sentant souvent culpabilisés vis-à-vis des générations suivantes. Aucune réponse ne peut être apportée aux défis écologiques sans la solidarité. Toute tentative d’enrayer ces crises ne peut s’envisager sans la recherche de nouveaux modes relationnels et intergénérationnels et sans l’exigence de l’attention au prochain, ainsi qu’au respect de sa dignité.

 

Pour vivre intensément, vivons avec joie à basse consommation

 

Le bonheur n’est pas dans la course à l’avoir, la sobriété n’est pas la morosité ! L’Église est invitée à le proclamer et à être un lieu de cet apprentissage. Partage d’expériences, lecture communautaire de la Bible, mais aussi parole publique peuvent témoigner que par la confiance et l’espérance, un autre mode de vie est possible.

 

Vivons l’Espérance pour surmonter nos peurs

 

L’Église reçoit et prend en compte les peurs qui se développent en son sein et dans la société. Elle doit accompagner ceux qui se lancent dans une démarche de conversion écologique et prêcher à tous, avec courage, l’espérance que donne la certitude de l’amour de Dieu pour toutes les créatures.

 

Les exhortations du Synode

 

Fort de ces convictions, le Synode régional exhorte notre Église à se convertir pour devenir dans le champ de l’écologie :

 

Une Église exemplaire, une Église responsable qui avance résolument vers la cohérence entre sa parole et ses actes. La prise en compte de l’urgence écologique suppose que se développe chez les membres de nos communautés et les communautés elles-mêmes une éthique visant à réduire leur empreinte écologique. C’est cette cohérence qui légitimera l’interpellation des pouvoirs publics.

 

Une Église solidaire qui, fidèle à sa tradition, aide et éduque. Dans le monde tel qu’il est, elle offre un nouveau souffle à tous ceux qui souffrent. Elle accompagne les ruptures, les déchirements, les peurs en redonnant confiance, en proclamant une parole de vérité. Elle écoute l’inquiétude des jeunes quant à leur avenir et construit avec eux des actions écologiques. Innovante et audacieuse, elle mène le combat de la dignité de l’être humain et de la sauvegarde de la planète. Elle le fait savoir et elle témoigne publiquement de l’espérance d’un monde réconcilié.

 

Une Église missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle à tous ceux que les crises écologiques interrogent. Elle a conscience d’un temps de peurs, mais aussi d’un nouvel élan pour des choix de vie plus sobres. Les Églises sont des lieux d’écoute et de partage privilégiés. Les Églises sont des lieux de spiritualité où notre foi peut se régénérer, où la lecture de la Bible peut être renouvelée, où la prière est agissante. Nous pouvons y témoigner de l’amour de Dieu pour tous les humains et pour toute la création. Être porteur de joie et d’espérance, c’est contagieux !

 

Une Église partenaire, la crise écologique, systémique et universelle, pousse toutes les composantes de la société à rechercher dans leur propre culture les ressorts pour y faire face. C’est ce qui favorise le dialogue œcuménique, interreligieux et interconvictionnel ainsi qu’une meilleure compréhension de la laïcité. Notre Église doit s’inscrire dans ce nouveau contexte et chercher des synergies avec les autres acteurs de la société. […]

 

* L’intégralité de la résolution est disponible sur le site de la région Ouest, dans le cahier post-synodal : https://www.eglise-protestante-unie.fr/region-ouest-r6

 

Synode régional à Rennes, novembre 2019, les votes

© Christian Barthélémy

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