Choisir le pas du plus lent

Lorsque, éclaireurs, nous faisions de la randonnée, je me souviens d’un des premiers conseils : « mettre son pas au rythme du plus lent ». Bien que régulièrement non suivi, il m’a accompagné à maintes occasions.

L’une d’entre elles fut l’année que je passais à la fondation John Bost sur le plateau de La Force. J’y effectuais une année de stage dans le cadre de mon Master pro en théologie, avant de devenir pasteur. Le fait de circuler à vélo sur le plateau et de vivre les séances au pas des résidants m’a laissé le souvenir d’un temps serein permettant de partager l’humanité avec les personnes vivant une situation de handicap.

 

© domaine public

 

 

Tous codestinataires de la Grâce

 

D’ailleurs, même s’il ne s’agit pas de comparer ce qui n’est pas comparable, comme dirait Paul, « une épine dans la chair » s’est réveillée chez moi pendant cette période. La cadence demandée par cette année d’étude était devenue difficile à suivre. Partager, alors, le rythme des résidants de La Force m’a permis de m’inclure comme codestinataire de la Bonne nouvelle, un peu comme les catéchètes qui se catéchisent eux-mêmes, et de valider malgré tout mes études dans les temps.

 

C’est cette année-là, aussi, que je compris, grâce aux personnes rencontrées et au temps qui passe, l’importance de la liturgie. J’entends par là les répétitions qui servent à apprivoiser le temps : couleurs, gestes, paroles, cérémonies… Mais aussi les légères inflexions qui permettent d’en voir le sens, la progression et la signification.

 

Pour une société attentive aux plus lents

 

Enfin, ce fut une année charnière pour l’engagement dans le ministère pastoral. Sans doute ce rythme dense, habité différemment, m’a-t-il permis de mûrir mes choix, de les mettre en perspective, sans pour autant que cela soit une année sabbatique.

 

En relisant cette période quelques années plus tard, je me suis pris à rêver à une société qui marcherait au pas du plus lent de ses membres. Sans doute plus vivable, mais serait-elle viable ? Irions-nous moins vite ou le temps dégagé par ceux qui vont plus vite permettrait-il simplement de prendre en charge les autres ? Quels seraient les équilibres économiques à penser ?

 

 

 

 

 

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