La femme courbée ( Luc 13.10-17)

ne femme. Juste une femme. Jeune, vieille, mariée, veuve, mère ou grand-mère, avec ou sans enfant, riche ou pauvre, sage ou légère, qu’importe ? Pas même celle que les prophètes appellent la vierge d’Israël, image de la vocation de son peuple à la sainteté. Non. Juste une femme de ce peuple, une fille d’Abraham, tout comme un Zachée ou un Lazare, le riche ou le pauvre, sont fils d’Abraham. Une femme du peuple, que valent toutes les femmes de ce peuple et qui les vaut toutes.
                                                                         

Jésus entre dans la synagogue, et déjà, au sein du peuple, cette femme courbée : il la voit. Il la voit en vérité : une force, en elle, l’oblige à s’incliner, à s’abaisser. Elle le fait par faiblesse, depuis le temps d’une longue oppression, dix-huit ans, telles celles que le peuple d’Israël a connues par deux fois au temps lointain des Juges, quand les enfants d’Israël s’étaient pervertis en servant, soumis, les dieux des païens. Dix-huit ans d’abaissement. De servitude. Et elle n’est pas seulement courbée, la langue du récit en dit plus, elle est obligée de le faire. Elle a été obligée de s’incliner, de s’abaisser. Elle est assujettie. Jésus le verra et le dira.

 

Être soumis

 

L’esprit, le souffle qui la force ainsi, serait donc une puissance devant laquelle elle ne peut répondre que pas une asthénie. C’est le mot grec qu’emploie Luc, le médecin. Quand l’esprit et le corps vont ensemble. Cette puissance, supérieure, la domine. L’esprit de ce maître l’emporte sur le sien, sur son esprit de fille d’Abraham. Plus : c’est en elle, que l’esprit de ce maître courbe, déforme, incline devant lui l’esprit des enfants d’Abraham.

 

Voudrait-elle se dresser là contre, elle ne le peut pas. Elle n’en a pas la force, la puissance lui manque. Elle accepte, bien obligée. Soumise. La voyant alors, qui plus est dans la synagogue, tout Israélite de ce temps et de ce lieu, tout Juif honnête qui se retournerait sur lui-même et sur la condition qui lui est faite en ce temps-là, ne peut que se reconnaître en elle. Seul l’en empêche le déni prôné par ceux qui gagnent un petit pouvoir grâce à cette domination qu’ils font mine de détester. Car ce peuple est lui-même courbé sous le joug. Tout comme nos peuples d’aujourd’hui sont soumis. Il a dû s’incliner devant une puissance dont il ne reconnaît pas la légitimité, mais qui ne lui laisse pas le choix.

 

Pour être libéré

 

Et il ne s’agit pas seulement d’une quelconque occupation étrangère, mais d’un esprit totalitaire, qui conjugue à la fois le pouvoir, la finance, la culture, et finalement le spirituel, puisque tout ici est spirituel. Car si le peuple de Dieu est soumis, c’est aussi que toute la sainteté qui provient du saint temple qui se tient au sein de la ville sainte, est soumise, se soumet, courbée, assujettie à la puissance de ce monde dont la figure est celle du Séparateur. Quand Dieu et son Temple se séparent…

 

Alors que l’on ne parle plus de ce sabbat dont il faudrait préférer le respect à la vie d’une femme, à la vie de tout un peuple ! Si le monde et ses dieux ont pénétré et envahi de force la terre et l’âme de ce peuple affaibli, le sabbat lui-même a perdu son sens.

 

Aussi, puisque la femme n’est plus cette dame forte et avisée dont parlaient les sages en Israël, ce pilier de son peuple, installé en paix sur la terre reçue, Jésus lui rend, et la force de vie, et le sabbat véritable, et la sainteté, cette libération.

 

On rêve alors de ce que pourra devenir, en sa vie, une femme libérée de sa peur et de sa honte. Lui serait-il dangereux de vivre droite ?

 

Où l’on voit que Luc, l’évangéliste, fait ici de la théologie. La théologie du peuple.

 

 

 

 

 

 

 

#Spiritualité

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