Intervention de deux témoins

Marie-Françoise Escot, psychologue clinicienne, et Pierre Bernhard, mathématicien « modélisateur », étaient invités à apporter leur témoignage. Science humaine pour l’une et science dure pour l’autre, les deux s’inscrivent dans le corpus des savoirs de l’humanité. Tous les deux sont très engagés dans leur Église. Un compte-rendu rédigé par les jeunes.  

 

 

Marie-Françoise Escot fait des accompagnements spirituels sur l’Est-Var. Elle est issue d’un milieu familial sans culture religieuse. Mais a tout de même eu, enfant, une vie de prière ; on lui demandait de prier parce que « Dieu entend les enfants »… À l’adolescence, elle a tout rejeté. Son cheminement de foi a repris à la suite d’une remarque d’un ami à 16 ans. Elle a alors demandé à suivre un catéchisme auprès d’une dame.
Dans son quotidien, elle travaille avec des choses qu’elle ne voit pas : le psychisme, le conscient, l’inconscient, mais affirme qu’on
en écoute les effets.« Écoute, écoute… ». Effets positifs comme négatifs. Elle affirme que l’existence de Jésus-Christ a été démontrée historiquement… « Cela fait partie du domaine des certitudes ». À 20 ans, des amies physiciennes lui ont démonté la divinité de Jésus-Christ. « Oui, c’est IMPROUVABLE ! » Or, que faire de cette parole biblique qui affirme la divinité du Christ ? Son existence est prouvable, mais sa divinité est de l’ordre de l’interprétation des Écritures. Marie-Françoise nous confie croire que la foi ne se construit pas sur des preuves, mais qu’elle est révélée. On la désire. Puis Dieu peut se faire connaître. Dans son parcours, c’est au moment de cette révélation que la divinité du Christ est devenue une réalité. « Depuis, je n’ai jamais douté ! Je crois en l’épreuve, mais Dieu est Dieu. ». Et alors, les effets de la foi font preuve : une paix intérieure, une joie, un regard sur le monde, des désirs… Une modification de personnes qu’elle met à l’épreuve de ses connaissances de psy. Et elle affirme que finalement, par les fruits, c’est démontrable.
Ce que la foi a modifié chez elle, c’est qu’elle travaille toujours dans
une démarche de foi, de foi en l’autre, dans le noyau sain d’une personne. Croire, faire confiance en ce que l’on ne voit pas chez l’autre, dans ses capacités à évoluer. Que l’on n’aurait pas si on ne donnait pas cette confiance, qui est le fruit de sa foi. Assurément, sa foi apporte beaucoup à sa pratique.

 

 

L’expérience de Pierre Bernhard,directeur de recherche en mathématiques et titulaire de 3 doctorats, dont un en aviation !

 

« Ce qui m’intéresse, c’est de faire des modèles mathématiques de situations plus ou moins réelles et d’en étudier les propriétés mathématiques, dans l’espoir que ça dise quelque chose d’utile sur le monde réel. »
Il commence sa démonstration en affirmant que l’
on peut croire sans preuves. Et donne comme image l’eau : «  H2O : vous n’avez jamais vu ces atomes et pourtant vous savez que l’eau est faite comme ça. ». Se soulève alors la question de la différence entre croire et savoir.
Il définit ce qui caractérise les maths : « 
Il y a des êtres abstraits inventés par le cerveau qui deviennent très solides, très concrets, pour nous les mathématiciens, et dont on ne découvre les propriétés dans le réel qu’ultérieurement ». Ces objets sont exclusivement de l’ordre de la pensée au départ, mais deviennent ensuite tangibles et réels. La science dure peut travailler sur des choses qui ne se voient pas, mais dont les applications se voient.
Il fait également allusion à la physique quantique, qui défie la raison, et il cite l’expérience de l’interférence des photons.
Dans sa foi aussi, il a ses résistances. Le Psaume 8 lui pose problème : « qu’est-ce que l’homme ?… à peine inférieur aux anges ? »… L’image d’un Dieu comme Créateur de l’Univers… C’est compliqué pour lui, scientifique, à appréhender et à confronter aux sciences. Pour lui, donc,
la foi n’est pas de l’ordre du démontrable.
Par contre,
la foi, il la situe dans un sentiment de bouleversement ; il est notamment bouleversé par le sentiment d’abandon du Christ, un fils mort crucifié… à vues humaines, c’est un échec… et pourtant c’est la manifestation de la Puissance de Dieu. Il est impossible aux hommes d’inventer un tel concept, c’est déjà en soi presque une preuve de la Révélation des Écritures. Pourquoi il y est sensible ? Pourquoi il croit ? Sa réponse : « Je n’ai pas de preuve… mais j’y crois…je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit. C’est difficile d’expliquer ma foi, parce que c’est de l’ordre de l’intime, c’est au plus profond de moije ne l’explique pas vraiment… même si je fais parfois l’expérience d’une espèce de fulgurance, des expériences qu’on appelle l’intervention de l’Esprit. … Et je ne suis pas non plus forcément sûr de tout ce que j’affirme ; il y a des choses obscures que je prononce. Le symbole des apôtres, par exemple, je le dis, mais ne sais pas ce que je dis.

 

En revanche, dans ma pratique professionnelle, ma foi a des effets tangibles : la personne en face de moi a la même valeur aux yeux de Dieu ! Cela fonde mon rapport à l’autre. »

 

Marie-Françoise ajoute : « On est chacun appelé par son nom ; on a tous une relation singulière à Dieu. »

Réactions aux témoignages et réflexions qui en découlent :
* Est-ce que foi et sciences sont opposées ? On peut avoir la foi et faire confiance aux sciences. Mais la science a ses limites…
* La religion a tendance à se radicaliser ; les franges « intégristes », c’est ce qui se voit le plus.
* La réalité, ce ne sont pas des faits objectifs mais une interprétation de la réalité. Peurs, racisme, … Ce ne sont que des interprétations du même réel…
Le vrai enjeu : l’acceptation que l’autre peut interpréter autrement que moi. Et, finalement, est-ce ce que l’autre ne peut pas nous aider à interpréter ce que l’on voit ?

 

 

 

Questions des jeunes

 

G1 : Pourquoi ce choix de profession ? Pourquoi le protestantisme ?
P. – L’amour des maths et une passion pour tout ce qui vole. Il découvre qu’il y a des problèmes de mathématiques appliqués pour tout ce qui vole.
Choix du protestantisme ? Il est tombé dans la marmite, mais il est resté par choix.
MF. – En4eannée de médecine, elle abandonne. Choc des parents. Conseils auprès de leur ami psychiatre. « Quel dommage qu’elle n’ait pas la foi ! » leur répond celui-ci. Ça a été pour elle le déclic.
S’ensuit une quête d’Église avec son mari, avec une grande insatisfaction, jusqu’à trouver leur place dans l’Église réformée, qui « conduit à l’autonomie, à la pensée personnelle ».

 

 

G2 : Qu’apportent les sciences à la foi ? Et inversement ?
P. – La science et la religion ne parlent pas de la même chose et ne peuvent donc pas entrer en conflit. Je ne lis pas la Bible comme un livre d’histoire. La Bible parle de la théologie. La science me parle de la mécanique du monde. Il y a quand même des rencontres : l’attitude face à ce qu’on ne comprend pas. Des observations interrogent notre foi… On ne comprend pas et on continue quand même… Cette persévérance, c’est bien une démarche de foi, quand même !
Le sentiment d’humilité quand on doit juger un étudiant ; la foi m’a apporté quelque chose de très important.
MF. – Les sciences humaines m’apportent une cohérence dans la compréhension du fonctionnement de l’être humain. Il y a des passerelles très importantes avec les Écritures : notion de la formation d’un peuple (différenciation), série d’interdits, notion de père… c’est structurant… un Dieu qui se fasse vaincre est la preuve que c’est inspiré. L’homme n’aurait jamais pu créer ça ! « Rien ne m’a apaisé autant que la relation avec ce Dieu personnel ! ». J’ai eu une vie dans laquelle j’ai évité certaines maladies grâce à cette relation.

 

 

G3 : La foi vous a-t-elle aidé ou posé des problèmes ?
P. – C’est de l’ordre de l’intime et on refuse la littéralité de la Bible. Ma foi a suscité des étonnements et du respect chez mes collègues qui me savent protestant engagé.
MF. – Absolu interdit d’exprimer ce que l’on pense. Ça m’a posé des problèmes familiaux.

 


G4 : Comment savoir si on a la foi ?

MF. – Ça peut être une progression continue d’une personne à la suite d’une catéchèse ou une culture familiale, un « fil rouge ». Pour d’autres, il y a « un avant, un après », une nouvelle naissance. Et ça peut être les deux. En tout cas, il faut nourrir, approfondir sa foi.
P. – C’est le « fil rouge ». Pas de phase de doute absolu, mais de temps à autre un petit doute. Je pense que le vécu modifie la façon de croire. Alors, que veut dire recevoir le royaume comme un petit enfant ?

 

 

G5 : Est-ce qu’on a besoin de croire en Dieu pour avoir la foi ?
P. – « Que fait le vent quand il ne souffle pas ? » Qu’est-ce qu’avoir la foi ? Je n’ai pas toutes les réponses… Il y a des tas de croyances ; on peut avoir foi en autre chose…
MF. – Épître aux Hébreux, ch. 11. La foi, c’est un trajet que l’on ne voit pas…

 

Notes prises par Karine Luçin (une des responsables accompagnant les jeunes)

 

 

 

 

 

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