Le pasteur Cyrille Payot
Comment avez-vous eu cette opportunité de partir en Cisjordanie ?
Je suis parti dans le cadre du programme Eappi du Conseil œcuménique des Églises (COE). Ce programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et en Israël a été mis en place dans les années 2000 à la demande des chrétiens palestiniens. Ils considéraient qu’un regard extérieur était important pour accompagner la population mais aussi pour rapporter les incidents constatés sur le terrain. Pendant les trois mois où j’étais en Cisjordanie, notre équipe a répertorié 844 incidents. Nous étions à Bethléem, tandis que d’autres groupes étaient basés à Jérusalem, à Jéricho et au sud d’Hébron.
Cette mission était-elle risquée ?
C’est une mission qui peut comporter des risques mais sur les 2 000 personnes parties dans le cadre de ce programme, aucune n’est décédée. Nous sommes en équipe, avec une stratégie, et accompagnés par un officier de sécurité. Nous venons avec un visa de touriste puis nous circulons en taxi jaune. Sur place, nous rencontrons la population, les gens qui ont subi des incidents. Mais si notre chauffeur considère que c’est trop risqué, nous n’y allons pas ou plus tard. Nous avons par exemple appris l’arrestation du directeur d’un centre social de l’un des camps, à Bethléem. Nous y sommes allés. Deux jours plus tard, l’armée israélienne est venue, a procédé à des arrestations parmi le personnel, en lui interdisant de parler avec des étrangers. Le directeur est décédé suite à des maltraitances en prison. Car le traitement des prisonniers est terrible.
Qu’avez-vous fait sur place ?
Je logeais avec trois autres personnes dans un appartement loué par le COE. J’étais le seul pasteur du groupe. Ce logement, qui n’était pas censé être identifié, était notre QG, le lieu où nous avions nos cartes topographiques indiquant les lieux des incidents. Le matin, nous nous levions tôt, parfois pour aller contrôler ce qui se passait autour des écoles. Nous allions voir les personnes qui nous avaient sollicités. Puis nous revenions en milieu d’après-midi pour écrire et envoyer nos rapports au COE et à l’ONU. L’idée est d’agir le plus discrètement possible. Les accompagnateurs ne prennent pas parti dans cette guerre en Cisjordanie, liée à l’extension des colonie israéliennes. Mais ils dénoncent les violations du droit international.
Que retenez-vous de cette expérience ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’extraordinaire résistance du peuple palestinien qui vit des situations dramatiques. Je reviens avec l’idée que la violence est bien plus grave que ce que l’on peut imaginer. Par exemple, tout est fait pour que les étudiants partent. Ils sont souvent maltraités à l’occasion du passage des très nombreuses barrières. Ce que nous accomplissons là-bas est une goutte d’eau dans l’océan mais il est important d’être présents. Car la situation y est dramatique et s’aggrave avec la démolition de maisons, la maltraitance de la population, les arrestations arbitraires… Il y a notamment de la maltraitance autour des écoles. La population, fragilisée, est soumise à un véritable régime militaire. C’est pourquoi ma mission n’est pas finie de retour en France. Il s’agit maintenant d’être la voix des sans voix.
L’une des nombreuses barrières installées sur les routes de Cisjordanie © C. Payot
