La pluralité de l’Ancien Testament

L’Ancien Testament offre de nombreux exemples d’interprétations multiples d’une thématique, d’un événement ou d’une loi, au cœur même du texte biblique. Terre promise, responsabilité de l’Exil à Babylone ou immuabilité de la loi sont trois exemples où se confrontent les interprétations.

Dans les livres de Josué à 2 Rois, le pays d’Israël reçoit une dimension conventionnelle de Dan, au nord du lac de Galilée, à Beer-Shev’a, au sud de Juda. Ce territoire correspond à ce que furent les royaumes d’Israël et de Juda entre 900 et 597 av. J.-C. Mais, dans le Pentateuque, la terre promise dépasse Israël et Juda. En Genèse 20, 21 et 26, c’est la Philistie, où Abraham et Isaac séjournent longtemps et prospèrent. Dans le cycle de Joseph (Genèse 37.50), l’Égypte est décrite comme un autre Canaan, et selon Genèse 45, elle devient même une terre de salut pour la famille de Jacob. Genèse 15.18 est le premier texte qui décrit un pays promis qui s’étend de l’Euphrate au Nil, de la Mésopotamie à l’Égypte, où vivent les communautés juives de la diaspora. Ces passages, écrits après l’Exil du VIe siècle av. J.-C., disent que le pays promis, bien plus qu’une terre particulière, ou l’espace limité d’Israël, est là où l’Israélite vit sa foi en paix, même à l’étranger.

 

Interdites en Deutéronome, les unions entre Israélites et étrangers

 

sont nombreuses parmi les Patriarches (© sevenminutechannel @pixabay)

 

L’Exil : qui en porte la responsabilité ?

 

La déportation à Babylone (587-539 av. J.-C.) sous Nabuchodonosor est un châtiment infligé par Dieu à Juda (2 Rois 17.19-20). En 2 Rois 23.26-27, la responsabilité de ce châtiment incombe au roi Manassé qui est décrit comme le roi le plus impie (2 Rois 21.1-18). Or, le récit parallèle de 2 Chroniques 33,1-21, écrit bien longtemps après, affirme que Manassé n’est pas le responsable de la déportation, mais que ce sont ses successeurs, infidèles à YHWH. Pourquoi une telle différence ? Les auteurs de 2 Chroniques 33 se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles un roi aussi méchant que Manassé avait eu le règne le plus long de l’histoire (50 ans). Alors, pour contourner cette contradiction (comment Dieu a-t-il pu tolérer un aussi mauvais roi ?), les auteurs de 2 Chroniques 33 « inventent » la conversion de Manassé (2 Chroniques 33.11-13). Dès lors, la longévité de Manassé est expliquée par sa fidélité nouvelle à YHWH. Ainsi 2 Chroniques 33 rend Manassé plus respectable qu’en 2 Rois 21.

 

 

Une loi pour toujours ?

 

Deutéronome 7.3 interdit les mariages mixtes : le mariage entre Israélites et étrangers. Si les livres d’Esdras et Néhémie défont radicalement les couples mixtes, entre un Israélite et une étrangère (Esdras 9-10), la loi de Deutéronome 7.3 a eu une portée limitée, puisque les pères fondateurs eux-mêmes ont enfreint cette règle. Abraham épousa Hagar et Qetoura, deux femmes non-Israélites ; les fils de Juda, Tamar, une Cananéenne ; Joseph, l’Égyptienne Aséneth ; Moïse, la Madianite Sippora… Ces textes, anciens et tardifs, reflètent l’expérience heureuse de cohabitations des communautés juives en diaspora, vivant dans les pays voisins de la Judée et de la Samarie.

 

 

Ces quelques exemples disent combien plusieurs interprétations se croisent dans les Écritures, s’y développent, s’interpellent, et parfois se contredisent. Il n’est donc guère possible de réduire les Écritures à un sens uniforme, unique et littéral. Au lecteur d’aujourd’hui d’éclairer les tensions internes aux textes pour mieux recueillir la richesse infinie de la Bible et d’en vivre.

 

 

 

 

 

 

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