Saumur et son Académie*

Un groupe de l’Église locale de Royan s’est rendu à Saumur pour une découverte de cette place de sûreté protestante qui a connu une période particulièrement faste du XVIe au XVIIe siècle.

La visite de Saumur a débuté par une conférence du pasteur Jean-Pierre Payot dans le temple. Bien que quelques lectures, quelques souvenirs, quelques recherches préliminaires nous aient préparés à cette découverte, nous avons pu comprendre un peu mieux les fondements et la réalité de la prestigieuse et terrible épopée vécue par cette Académie célèbre, dont le rayonnement spirituel et intellectuel s’est diffusé dans une grande partie de l’Europe. Malheureusement la triste fin de Saumur en 1685, et sa ruine, demeurent cuisantes à nos cœurs de Huguenots.

 

L’Académie

 

Le vent de la Réforme soufflait déjà en 1552 sur le Saumurois puisque, cette année-là, une Église protestante était déjà établie à Saumur, et le fils d’un chancelier de France, René Poyet y fut brûlé vif pour crime d’hérésie. Le duc de Guise se plaignait que Saumur était devenu un second Genève… Thédore de Bèze y donna des prédications en 1562.

 

Henri IV assista au culte en 1593, dans le temple qui venait d’être inauguré, situé dans la Grande Rue, en compagnie de Duplessis-Mornay, son ami d’enfance, fondateur de l’Académie et gouverneur de Saumur, qui fut pendant un tiers de siècle intimement lié à cette ville.
Dans cette période tumultueuse de l’histoire, en dépit de l’affrontement des concepts religieux une Académie protestante a vu le jour. L’étude et l’amélioration de la traduction de textes anciens à partir du latin, du grec, de l’hébreu, de l’araméen, du syriaque, par ces étudiants érudits ont constitué une partie de ce qu’est devenue la Bible.
De nombreuses imprimeries étaient implantées sur le territoire de Saumur et permettaient la diffusion des idées de la Réforme et des sciences.
 

Duplessis-Mornay © Domaine public

 

Les étudiants à Saumur venaient de toute la France, de Suisse, d’Allemagne, de l’Angleterre, de la Hollande, d’Espagne. Les professeurs arrivaient également de toute l’Europe ; à cette époque, tous les « savants » formaient une société supérieure animée de la seule passion de la science et ils avaient comme langue commune le latin que tous parlaient couramment.
Les études duraient cinq ans, années de philosophie, de physique, d’éloquence et de théologie (pour ne citer que celles-ci) et le cycle complet était de dix ans. Après ces années d’études, les étudiants devaient prendre part « à la dispute » et soutenir leur thèse (qui avait été imprimée), devant les professeurs, et les débats étaient parfois très vifs. Reconnus dignes, ils étaient coiffés d’un bonnet et d’une large ceinture et amenés à l’Académie.

 

Les étudiants

 

De 1568 à 1572, Duplessis-Mornay parcourut successivement l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, la Hollande…, visitant les universités les plus célèbres, embrassant dans ses études les connaissances les plus variées. À partir de 1635 et jusque vers 1660, l’Académie de Saumur devint un haut lieu de la culture protestante, connue de toute l’Europe calviniste.
Son but principal était de former les jeunes gens, surtout les futurs ministres, à l’étude des lettres et de la théologie, afin de les préparer à toutes les difficultés de la carrière qu’ils allaient embrasser, et en particulier aux controverses : telle était la grande préoccupation du protestantisme de cette époque. Il disait : Je suis comptable envers Dieu de ces jeunes hommes.
Mais comment ces étudiants venaient-ils à Saumur et où vivaient-ils…? Certains, de la noblesse, venaient avec leurs chevaux et leurs domestiques. D’autres, les étudiants pauvres, qui pouvaient bénéficier d’une bourse, venaient à pied. Ils recevaient des secours des consistoires d’Églises et pouvaient loger chez l’habitant… Des fils de bourgeois venaient par le service des voitures publiques.
On peut les imaginer dans les rues de Saumur, peut-être à proximité de la maison du gouverneur, le soir ou les jours de repos, tels des joyeux drilles faire du charivari dans les rues, haranguer la foule, lancer des quolibets aux passants, s’apostropher en riant ou même, apprenant à danser, au grand dam de « l’Église et de l’Eschole ».
On sait comment cela s’est terminé. Oui, triste fin de l’Académie en 1685… Louis XIV signa la Révocation de l’édit de Nantes le 8 janvier 1685. Le 15 janvier, parut l’interdiction du culte réformé à Saumur et l’ordre de démolition, jusqu’à ses fondements, du temple de la Grande Rue. Les biens de l’Académie et du temple furent attribués à l’hôpital. Les professeurs reçurent la défense absolue d’enseigner aucune science sous peine d’amende, et ceux d’entre eux qui étaient pasteurs durent, s’ils n’acceptaient pas de devenir catholiques, quitter le pays sous quinze jours. La peine de mort fut édictée peu après contre ceux qui refusaient d’obéir… Il y eut les galères, les emprisonnements etc. Oui, triste fin…

 

Le château de Saumur © Élisabeth Renaud
Le temple de Saumur © Élisabeth Renaud

 

 

* Le mot Académie désignait alors un arsenal de connaissances mises sans « ares » à la disposition de tous.

 

 

 

Quelques dates

 

– Philippe Duplessy-Mornay : 1549-1623 / Gouverneur de Saumur : 1589-1621/ Fondateur de l’Académie protestante en 1599 ou 1600.
– 1565 : Catherine de Médicis et son fils Charles IX passent à Fontevraud, tandis que le Prince de Condé, chef protestant, occupe Saumur.
– 1568 : Henri, duc d’Anjou, frère de Charles IX, s’oppose par la force au passage de la Loire pour 3 000 protestants. En effet, pendant les guerres de religion, Saumur fut convoité par les deux partis et connut les vicissitudes de la guerre. C’était un passage important sur la Loire, aux confins de la Touraine, du Poitou et de l’Anjou, et la possession de cette place revêtait une valeur stratégique.
– 1572 : St-Barthélémy.
– 1575 : Henri, roi de Navarre, menace Angers et veut obtenir de la part du roi Charles IX un point de passage pour ses troupes sur la Loire.
– 1576 : Saumur devient place de sûreté.
– Henri de Navarre rencontre le roi Henri III à Tours, et exige un passage sur la Loire. En échange il se convertira. Il est conseillé par son ami d’enfance Duplessis-Mornay. Le roi offre le Pont de Cé. Le gouverneur refuse. Plusieurs tractations s’ensuivent. Le passage des troupes est accepté moyennant rétribution.
– 1589, 19 avril : Henri de Navarre entre dans Saumur, première marche conduisant au trône
– 1589, 17 août : Duplessis-Mornay reçoit les clés de la ville de Saumur.
– 1593 : Henri IV assiste, en compagnie de Duplessy-Mornay, au culte du temple de la Grande Rue, qui vient d’être inauguré.
– 1685 : révocation de l’édit de Nantes. Interdiction d’enseignement par l’Académie, les propriétés protestantes sont remises aux catholiques, le temple est détruit jusqu’au fondement. Ruine de Saumur.

 

 

 

#Loire-Océan #Région Ouest #Saumur
#Culture

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Histoire : Les protestants et Nantes, une minorité au cœur d’une ville portuaire
Nantes
Histoire : Les protestants et Nantes, une minorité au cœur d’une ville portuaire
Par son édit, Nantes est indissolublement liée aux protestants français, alors que ces derniers n’y ont représenté qu’une infime minorité, à l’opposé d’autres villes atlantiques. Pourtant, ils auront joué un rôle éminent dans le développement industriel et portuaire de Nantes et de son estuaire.
Un café-croissant pendant le culte ? Ça vous tente ?
Saint-Nazaire
Un café-croissant pendant le culte ? Ça vous tente ?
À l’Église protestante unie de Saint-Nazaire, des cultes café-croissant sont proposés une fois par mois. Marie-Laure Guttinger a rencontré Éric Perrier, pasteur de l’EPU de Saint-Nazaire pour en savoir un peu plus...
Les bibliothèques huguenotes saumuroises du XVIIe siècle
Le Mans
Les bibliothèques huguenotes saumuroises du XVIIe siècle
Annoncée dans le numéro du Protestant de l’Ouest de septembre, l’exposition de la Médiathèque Louis Aragon (Le Mans) Ex Bibliotheca. Les livres retrouvés de l’Académie protestante de Saumur propose une histoire de cette institution à partir d’un corpus de livres inédits. Principalement conservé au Mans et à Saumur, cet ensemble regroupe une soixantaine d’ouvrages remarquables par leurs possesseurs, qu’il s’agisse du fondateur de l’Académie, de certains de ses professeurs ou d’étudiants.
Fraternités avec un « s »
Angers
Fraternités avec un « s »
La 4e édition de la biennale Art & Spiritualité se tiendra du 13 au 24 avril. Elle aura pour thème Fraternités. L’événement, qui rassemble à chaque édition plus de 3 000 visiteurs, est porté par l’Église protestante réformée d’Angers-Cholet et la paroisse Saint-Joseph d’Angers.
Thèses 2017 à Saumur
Saumur
Thèses 2017 à Saumur
Le 25 novembre prochain sera célébré à Saumur le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Saumur est une ville particulièrement concernée par cet anniversaire.
Thèses 2017 au Mans
Le Mans
Thèses 2017 au Mans
Cet automne autour de Luther sera, pour la paroisse du Mans, l’occasion de mettre en avant le thème de son année : l’ouverture et l’accueil. À travers expositions, conférences, concerts, repas et portes ouvertes, nous espérons permettre à des personnes qui souhaiteraient pousser la porte du temple de le faire par d’autres moyens que le culte du dimanche matin.
Comprendre l’action humanitaire avec un regard chrétien
Saint-Nazaire
Comprendre l’action humanitaire avec un regard chrétien
L’Église de Saint-Nazaire a reçu, mi-janvier, le pasteur Daniel Hillion, responsable des relations avec les Églises au SEL (Service d’entraide et de liaison), pour une conférence sur le thème Comprendre l’action humanitaire avec un regard chrétien*. Il nous explique ici les enjeux de l’association.
Françoise Giffard, une femme pressée
Angers
Françoise Giffard, une femme pressée
Une licence de mathématiques, une grande école d’ingénieurs, quatre enfants à élever, un master de théologie, un métier à 4/5e de temps, conseiller spirituel des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) à Angers, Françoise Giffard mérite – et accepte sans restriction – le qualificatif de « femme pressée ».
Thèses 2017 à Angers
Angers
Thèses 2017 à Angers
L’association culturelle protestante d’Anjou témoigne de la foi et participe au rayonnement de la communauté dans la ville d’Angers à travers différentes manifestations. Elle a une vocation spirituelle, œcuménique et culturelle. L’année 2017 sera essentiellement consacrée à la publication des 95 thèses de Martin Luther, un geste que l’histoire a retenu comme le départ d’une réforme radicale dans l’Église chrétienne.