Voici la thèse de Paul dans son épître aux Romains 1/17. Depuis, beaucoup de débats ont eu lieu autour de cette maxime. Comment un homme peut-il se tenir debout devant Dieu ? En vertu de la foi. Sola fide. Par la foi et seulement par la foi. Sans aucun mérite, et caetera. On connaît le débat par cœur. Depuis, cette parole de Paul est devenue notre parole protestante à nous, en oubliant d’où elle vient et de quoi nous sommes redevables. Creusons !
La même formule d’insistance, nous la retrouvons en Galates 3/11 et Hébreux 10/38. Elle renvoie au livre prophétique d’Habacuc 4/2 : « le juste vit de sa fidélité » ( traduction Chouraqui). Le texte est difficile et la traduction incertaine. On pourrait aussi traduire par : « le juste vit de sa constance. »
De toute façon Romains 1/17 et Habacuc 2/4 ne disent pas la même chose ! La lecture protestante de Paul met l’accent sur la justification par la foi, tandis que l’hébreu du prophète met en avant ce qui est caractéristique pour le juste : sa fidélité, sa constance, son adhérence, sa probité.
Que s’est-il passé entre Habacuc et Paul ? Paul a-t-il voulu évangéliser, « protestantiser » le prophète ? Rien de tout ça ! Quand Paul écrit aux Romains, il cite le prophète Habacuc dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, dite la Septante (la traduction grecque de l’Ancien Testament, 3ème siècle avant Jésus Christ) ! Il se base donc sur une traduction juive. Et effectivement, dans la Septante, en langue grecque, nous lisons littéralement ce que Paul a écrit aux Romains : « celui qui est juste en vertu de la foi, vivra », tandis que l’Ancien Testament en langue hébraïque écrit : « Le juste vivra de son adhérence » (traduction Chouraqui).
Que nous n’utilisions donc jamais « la justification par la foi » pour nous démarquer du peuple juif, en nous basant sur Romains 1/17 ! Les juifs se croiraient justifiés par la loi, les chrétiens par la foi. Ce schéma est trop simpliste. Au contraire, creusons plutôt les mots de l’Ancien Testament pour approfondir notre compréhension du Nouveau Testament. Et là, nous savons que le mot « foi » signifie confiance, fidélité et que le mot « juste » résonne avec sincère, franc.
Cet 500ème anniversaire de la Réforme est l’occasion de réaffirmer et de retravailler le lien entre l’Ancien et le Nouveau testament, entre le judaïsme et le christianisme, entre le peuple juif et l’Eglise. Il nous faut retrouver la diphtongue (quand deux sons sonnent ensemble) entre fidélité et foi, entre sincère et juste.
L’apôtre Paul ne parle pas « en langues », mais en « diphtongues ».
