La peine pour les protestants ?

Les peines étaient souvent atroces © Inconnu
  

Punir au temps de la Réforme

 

Tu vas aller en prison, si tu fais ceci ou cela… Jusqu’au temps de la Réforme, cette menace aurait été entendue autrement qu’aujourd’hui. Bien sûr que la prison existait ! On enfermait des personnes en prison, ou pire : dans les oubliettes. Sans autre forme de procès. C’était en attendant. En attendant un procès, des aveux, une abjuration ou le paiement d’une rançon. La prison était un moyen pour disposer de l’inculpé. De l’apôtre Paul jusqu’aux prisonnières de la Tour de Constance, la prison est un moyen de pression, de coercition. Elle n’était pas conçue comme une peine, prononcée par un organe de justice.
Au temps de la Réforme, une peine – prononcée par une justice reconnue – consistait à être mis au pilori, porter des marques infamantes sur le corps, à être forcé à l’exil ou, très souvent, subir des mutilations ou une mise à mort atroce et publique…

 

 

Punir sans purgatoire, ni enfer

 

C’est dans les pays protestants que la réflexion s’est fait jour : Sauvé par la grâce ? Quand l’enfer n’est plus un lieu de punition divine, il faut repenser et réaménager les concepts. Une pauvreté urbaine croissante s’y rajoute. Une solution : enfermer le condamné pour lui faire payer une dette envers la société et obliger les délinquants, voire les pauvres, à travailler.
Dans les pays de l’Europe du nord, l’enfermement dans des lieux de travail apparaît comme peine prononcée par des tribunaux. Dans les pays du sud de l’Europe, les Lumières emboîtent le pas et contribuent à faire émerger la prison comme « peine »*. La privation de liberté devient un enjeu de la peine.

 

    

Salle de travail surveillée dans une prison de
femmes aux Pays-Bas. À gauche, on peut aperevoir une chaire © P.W.M. Trap

 

L’oeillon de la porte blindée, symbole de la prison d’aujourd’hui © Beademung
   De nouveaux chemins à explorer

Autour de la prison de femmes de Saint-Lazare, se cristallise au XIXe siècle un groupe philanthrope fortement ancré dans le protestantisme. Ce groupe milite pour l’abolition de la peine de prison. Sarah Monod, directrice des Diaconesses de Reuilly y coopère avec, entre autres, Isabelle Bogelot, directrice de l’Œuvre des libérées de Saint-Lazare.
Aujourd’hui, la justice restaurative a pour finalité de donner la possibilité aux victimes et leurs auteurs de prendre une part active dans la recherche et la mise en œuvre des solutions susceptibles de leur permettre de reprendre le cours de leur vie. L’infracteur doit se rendre compte de la gravité de l’acte, en rencontrant des victimes. L’aumônerie des prisons au sein de la Fédération protestante de France soutient ce concept d’une Justice restaurative qui interroge le sens de la peine dans un contexte nouveau.

 

 

* Cesare Beccaria (1738-1794) développe les bases concernant l’abolition de la peine de mort et la proportionnalité « des délits et des peines » 

 

 

 

 

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