Envoyé vers les autres

Cette réflexion est développée dans le n°73 de la revue « Perspectives Missionnaires ». Dans son dossier «Témoignage et diaconie» notre auteur y écrit sous le titre «Perspectives diaconales du culte dans une Église issue de la Réforme».

Jeune bachelier et néo-protestant ayant décidé de faire des études de théologie, j’affectionnais particulièrement le texte biblique de Jean 13 montrant Jésus lavant les pieds de ses disciples. Dans des camps de jeunesse, où j’avais découvert ma vocation pastorale, j’aimais le citer, jusqu’au jour où mon pasteur me demanda de conduire la méditation du matin. Évidemment je choisis mon « texte fétiche ». Et lors du premier culte que je célébrais à la Faculté de théologie, l’auditoire eut droit au lavement des pieds.

 

 

Un copain me charriait en me disant que je lui cassais les pieds ! Pourquoi ce texte me fascinait-il autant ? Je me suis posé la question après avoir enfin varié mon répertoire de textes bibliques prêchés. C’est l’objection de Pierre au geste du lavement des pieds de Jésus, qu’il me plaisait de commenter. Pierre y mettait comme condition que Jésus lui lave aussi la tête et les mains. Alors que Jésus voulait accomplir un geste profane de service, Pierre voulait bénéficier d’un geste religieux, sacré, le lavement des mains et de la tête, pour être béni et purifié. Jésus s’y opposa et expliqua le sens de son ministère au service des autres.

 

© Schutterstock

 

Se laver les pieds les uns des autres, et le faire comme un exemple à sa suite, m’a mis en route dans mon ministère et mes engagements ecclésiaux. Je serai un « chrétien social » ! Quelques maîtres découverts à la faculté de théologie – Tommy Fallot avec sa notion de « droit au salut » et Dietrich Bonhoeffer avec celle de « christianisme profane » – m’ont aidé à emprunter ce chemin. J’en ai connu les forces et les joies, mais aussi les faiblesses et les risques. Parmi les forces, j’ai découvert et approfondi le réalisme de la Bible. Elle parle toujours de situations concrètes, mettant l’homme aux prises avec son destin : être sujet de la grâce et de la libération. Parmi les faiblesses, j’ai cru que l’engagement politique, conséquence logique du christianisme social, préparait le royaume de Dieu sur terre. Puis j’ai renoncé à cette sorte de sacralisation du politique : Jésus l’aurait probablement refusée, autant que le lavement des mains et de la tête de Pierre.

 

 

Nous étions dans les années 1960-70, période optimiste mais sujette à la désillusion. Pourtant, je demeure convaincu de la dimension diaconale de l’Évangile. Dans le texte de Jean 13, Jésus mêle ses réflexions à un repas partagé avec ses disciples comme préfiguration de la cène. Ce fait m’a prouvé que la cène constitue l’élément fondamental d’une partie diaconale du culte avec l’offrande, le partage des nouvelles et l’intercession. Les autres, ceux du dedans et du dehors de l’Église, sont fortement présents à ce moment-là du culte. Enfin, Jésus a associé à ce récit un passage sur le choix de vie que doivent faire les disciples en le suivant. Ce fait m’a définitivement convaincu que je ne pouvais pas reculer.

 

 

 

 

 

 

#Spiritualité

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil

Soutenez la presse et l'édition protestante

Pour aller plus loin

S’encorder à Dieu
La montagne, un refuge à défendre
S’encorder à Dieu
Dans cette cordée d’alpinistes en route vers un sommet indéfini, la corde qui les relie tous est, selon les hommes et les écarts, lâche ou tendue. Mais qu’elle soit en tension ou pas, cette corde nous rappelle que les premières ascensions de presque tous les sommets majeurs (du mont Blanc en 1786 à l’Everest en 1953) furent des œuvres collectives.
Paroles protestantes | RCF Besançon
Besançon
Paroles protestantes | RCF Besançon
Une émission d’une durée de 13 minutes où pasteurs et prédicateurs de la paroisse EPUdF Besançon et environs offrent une méditation à partir des textes bibliques du jour.
Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.