
© TO7
En 1983, au Mirail, à l’initiative de quelques protestants réformés naît une association socioculturelle qui veut amplifier la voix des sans voix dans le but d’humaniser la cité. Ce lieu d’accueil et de parole pour chômeurs, RMistes, étudiants, retraités, travailleurs, toute personne en situation précaire a plusieurs objectifs : susciter leur parole pour la relayer dans l’espace public, orienter les personnes en situation de précarité, créer un lien social et s’intégrer à la vie du quartier pour favoriser une image positive et l’ouverture du Mirail. C’est aussi un « lieu pour rien », dans notre société, où l’on a rarement l’occasion de ne rien faire, ne rien penser, ne rien attendre. Où tout nous incite au faire, au jugement et au résultat.
Donner du temps
Lorsque j’ai démarré mon bénévolat à TO7, Didier Fievet (pasteur du lieu) m’avait conseillé de venir d’abord « voir comment ça se passe ». Immédiatement, quelque chose m’a frappée : le temps ne s’écoule pas de la même façon ici. Pas de précipitation. Quelqu’un sert le café, approvisionne le bar. On se parle. On discute. Sur le bar, un registre : chacun y laisse la trace de son passage, son prénom, pour évaluer le nombre d’accueillis.
Est-ce seulement cela ? Le déplacement des corps est un ballet entre le bar et les tables où les accueillis s’installent, seuls ou en groupe, de tous âges, hommes, femmes moins nombreuses, plus discrètes souvent. Les gens de l’équipe sont derrière le bar ou près de la grande table, eux aussi se déplacent. Des poignées de mains, des embrassades, des regards échangés, on se salue. Certains arrivent avec sous le bras une enveloppe, ils ont besoin d’un coup de main : un dossier à remplir, une lettre à déchiffrer. Un des membres de l’équipe s’en charge.
Échanges gagnant-gagnant
Ici, on aide à la mesure de ses moyens, quand on coince sur un dossier, à son tour on demande de l’aide. Il faut bien, malgré la formule du pour rien, puisqu’ailleurs, ils n’ont pas pu avoir cette aide ! Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est le lien qui se tisse entre les personnes, les mots recueillis, les mots livrés, les silences devant la confidence qui jaillit au détour d’un dossier de la CAF ou d’un CV, la confiance qui s’instaure et redonne courage. Courage pour les uns de traverser les épreuves. Courage pour les autres d’être là, avec le sentiment de leur totale impuissance parfois à faire quoi que ce soit d’autre, justement, que d’être là. C’est tout ce que chacun reçoit, tour à tour, accueillis et gens de l’équipe, à se fréquenter, à se parler, à s’écouter, et à se regarder, à se sourire. À s’apprivoiser. C’est dans ces heures passées à ne rien faire, à être simplement là, que j’ai pu approcher ce que la jolie formule veut dire : pour moi, c’est parole d’Évangile.
