Pourquoi j’ai secouru des réfugiés (extraits)

J’ai 45 ans et 2 enfants. Je suis fonctionnaire de l’Éducation nationale, ingénieur d’étude dans un laboratoire de recherche du CNRS/Université Nice Sophia Antipolis. Je suis aussi enseignant au département de géographie de la Faculté des sciences et membre du Conseil scientifique régional du Patrimoine naturel Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le dimanche 16 octobre, en rentrant en voiture de la fête de la brebis à la Brigue, avec ma fille de 12 ans, nous avons secouru quatre jeunes du Darfour. Ce village français est dans la vallée de la Roya, frontalière de Vintimille, en Italie. C’est dans cette vallée que sont régulièrement secourus hommes, mais surtout femmes et enfants qui se trouvent sur les routes de montagnes et qu’on appelle migrants. Ces quatre jeunes étaient complètement perdus et se dirigeaient à pied, certains en bermuda, vers les montagnes enneigées. Avec ma fille, on les a ramenés à Nice, ils ont mangé et dormi avec nous dans mon appartement de 40 m². Le lendemain je les ai déposés dans une petite gare peu surveillée par la police et je leur ai payé un billet de train pour la première partie du trajet. Ils devaient retrouver leur famille à Marseille 

 

La toute première fois

 

C’était ma première action de secours envers ces « migrants ». Pourquoi je l’ai fait ce jour-là ? Jusqu’à présent, avec mes enfants, j’avais déposé des vêtements à la croix rouge à Vintimille, des chaussures, un sac à dos, pour aider, mais aussi pour leur montrer qu’il y a des injustices dans le monde et que chacun de nous peut faire quelque chose… Là c’était la deuxième fois que je voyais un groupe sur le bord de la route. La première fois j’avais hésité, je n’avais pas eu le courage, mais cette fois-ci il y avait ma fille et j’ai pu lui montrer l’exemple.

 

[… Je viens chercher trois filles]. Elles sont contentes de ma proposition [les conduire en voiture], me dit-on, car elles sont attendues par une association à Marseille pour être soignées. Quand je les vois, mon cœur se déchire. Elles ont peur, elles ont froid, elles sont épuisées, elles ont des pansements aux mains, aux jambes, l’une boite en faisant des grimaces de douleurs et l’autre ne peut pas porter son sac avec sa main blessée. Nous n’arriverons pas à Nice. Au péage de la Turbie, les gendarmes nous arrêtent et nous conduisent à la Police de l’Air et des Frontières. Ils m’ont séparé des Érythréennes. Ce n’est pas clair ce qu’ils ont fait d’elles, mais je ne crois pas qu’elles aient été soignées. Elles auraient été renvoyées au sud de l’Italie, comme ça se fait souvent. Les policiers m’ont dit qu’au moins l’une d’elles était mineure. Je n’ai pas réussi à les protéger.

 

Poursuivi pour aide à autrui

 

Après 36 heures de garde à vue, j’ai été libéré sous contrôle judiciaire. Ma voiture a été saisie ainsi que mon téléphone et je n’ai pas le droit de quitter Nice […]. Mon procès est renvoyé au 23 novembre 2016 à 13 h 30, à la même audience que Cédric Herrou, membre d’associations humanitaires également poursuivi pour avoir aidé des étrangers.

 

Mon geste n’est ni politique, ni militant, il est simplement humain, et n’importe quel citoyen lambda aurait pu le faire, que ce soit pour l’honneur de notre patrie, pour notre dignité d’hommes libres, pour nos valeurs, nos croyances, par amour ou par compassion nous ne devons pas laisser des victimes mourir devant nos portes. L’histoire et l’actualité nous montrent suffisamment que la discrimination mène aux plus grandes horreurs. Pour que l’histoire ne se répète plus, nous devons valoriser la solidarité et éduquer nos enfants par l’exemple.

 

 

 

 

 

À l’heure où cet article est publié, Pierre-Alain Mannoni a été relaxé, mais le procureur de la République a fait appel…

 

Retrouvez l’intégralité de l’article sur :
http://www.reperes-antiracistes.org/2016/11/pourquoi-j-ai-secouru-des-refugies-pierre-alain-mannoni.html

 

 

 

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