Péché et rupture

Genèse 3, voilà bien un texte qui a fait couler beaucoup d’encre ! La chute, le péché originel…

Ce péché originel qui semble indiquer que l’on ne devient pas pécheur, mais que l’on est pécheur ! On naît pécheur. On l’est par héritage, depuis la faute initiale de monsieur Adam et madame Êve … merci à eux ! C’est du moins ainsi que l’a compris saint Augustin, sous la plume de qui cette notion apparaît pour la première fois au IVe siècle. Et si cette faute est transmise ainsi de génération en génération, on en vient très vite à considérer qu’elle est, en toute logique, de nature sexuelle.

 

Voilà donc comment l’expression « croquer la pomme » devient la métaphore de la relation sexuelle, avec ses relents honteux. Voilà aussi comment nous en sommes venus à nous considérer comme  mauvais et condamnés par nature ! On connaît trop bien les ravages d’une telle doctrine… Les Réformateurs sont pourtant restés fidèles à saint Augustin sur ce point…

 

Les Orthodoxes quant à eux, à la suite des Pères de l’Église antérieurs à Augustin, n’ont pas cette notion de « péché originel ». Pour eux le péché ne désigne que les fautes personnelles, les enfants naissent donc sans péché.

 

Des termes absents du texte

 

Le terme de chute lui-même n’apparaît pas dans notre texte de la Genèse, on n’y trouve pas non plus le terme de péché qui n’est employé que plus tard, avec Caïn. Quant à la liaison avec la sexualité, il n’y en a aucune trace non plus. Il faut peut-être nous souvenir que Genèse 2-3 est antérieur à Genèse 1 où Dieu ne cesse, jour après jour, de trouver sa création bonne, et même très bonne après la création de l’humain ! Ne peut-on donc pas se dire que si le récit de Genèse 3 explique à sa manière l’apparition de la mort, l’appréciation globale de Dieu posée en Genèse 1 prend en compte le tout de la création, y compris la mort et les catastrophes ? La mort corporelle fait partie de la vie. Point. Et la vie est considérée comme bonne. Dans la vision biblique, le mal existe donc mais tout est très bon.

 

Dieu finalement ne semble donc pas si mécontent de nous !

 

Notre responsabilité dans la relation

 

La faute ne se situe pas là : c’est dans le lien à Dieu que se produit la cassure. À chaque fois que nous nous coupons de notre relation à Dieu, c’est là que nous devenons comme Adam et Êve. Mais après la cassure, la relation est toujours possible à renouer.

 

Notre histoire n’est pas celle d’un relèvement impossible après une chute primordiale, mais celle d’un chemin vers la réalisation des promesses que Dieu nous fait. « Va vers toi », disait-il à Abram. Comme si répondre à Dieu était aussi aller vers soi. Aime Dieu, ton prochain et toi-même, dira le Christ. Alors bien sûr, ce texte nous parle de notre faiblesse, de notre capacité à tomber dans la tentation, de notre facilité à rejeter la faute sur l’autre : « c’est pas moi, c’est elle ! C’est pas moi, c’est le serpent ! »

 

Alors ce texte ne nous parle pas tant de notre culpabilité ontologique que de notre responsabilité individuelle dans ce qui nous éloigne de Dieu. Il est un appel à devenir adultes, devant Dieu et dans nos vies.

 

 

 

 

 

#Spiritualité

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