Catéchèse, une relation à trois partenaires

Les catéchètes s’efforcent de faire résonner la Bible dans la vie d’aujourd’hui. Mais si leur travail est avant tout destiné aux enfants, elles soulignent aussi l’indispensable rôle des parents dans la construction de la foi. Reportage dans le Sud-Ouest.

Le modèle parental joue beaucoup. Pour que ce que nous faisons soit efficace, il faut une cohérence entre la famille et le caté.

Elles ne se sont pas concertées et pourtant la réponse est identique : « Ici, ils savent qu’ils sont libres de tout dire, même de dire qu’ils ne croient pas. Il n’y a pas de jugement. » Hélène, à Castres, et Magali, Céline et Béatrice à Toulouse, sont catéchètes et s’occupent d’enfants âgés de 11 à 14 ans.

 

 

Enfants

 

À Castres, la séance du samedi matin réunit six enfants, dont la franchise frappe d’emblée : « Ce sont mes parents qui veulent que je vienne, pour apprendre à respecter les autres, pour être plus sociable, explique Tristan, 12 ans. Je ne crois pas en Dieu. Mais j’aime quand même bien ces séances. On apprend plein de choses sur la vie de Jésus », dit-il.

À Toulouse, où les séances ont lieu un dimanche par mois après le culte, sur la douzaine d’enfants répartis en trois groupes que nous interrogeons le lendemain, la moitié d’entre eux disent se trouver dans la même situation. Cela ne les empêche pas d’avoir des attentes vis-à-vis de la catéchèse, peut-être précisément parce que la liberté qu’elle leur garantit les pousse à vouloir l’exercer. Kitty, 14 ans, aimerait des discussions plus approfondies : «Les sujets qu’on aborde, c’est pas assez poussé pour notre âge. Je me sens un peu au-dessus de ça. Mais ce qui m’apporte beaucoup, c’est de rencontrer des gens de cultures différentes et d’apprendre à les connaître. » Ses camarades de tablée approuvent unanimement.

Qu’ils croient ou non, la catéchèse semble leur apporter quelque chose qu’ils ne trouvent pas ailleurs : « C’est comme une pause dans la semaine, déclare Esther, 12 ans. Quand on est au caté, on ne pense à rien d’autre. » « À l’école et à la maison, les professeurs et mes parents attendent de moi que je dise certaines choses. Le caté, c’est le seul endroit où je peux dire ce que je pense », explique une jeune fille de Castres.

 

 

Parents

 

Parmi leurs parents, certains vont au culte et d’autres plus du tout. Le caté reste-t-il pour eux un lieu où leur enfant apprendra des valeurs complémentaires de celles enseignées à l’école ? Un moyen, lorsque la foi n’est plus vraiment présente dans le foyer, de donner à leur enfant la possibilité de faire son propre choix ? Difficile de le savoir, car ils viennent souvent chercher les enfants en coup de vent avant de vaquer à d’autres occupations, parfois même avant la fin de la séance. Les catéchètes essaient néanmoins de les inciter à questionner leurs enfants sur ce qu’ils font au catéchisme, afin que ces derniers puissent reformuler ce qu’ils ont appris mais aussi pour que leur réflexion passe par un dialogue avec leurs parents, plutôt rare au dire des enfants. « Le modèle parental joue beaucoup, insiste Hélène Montcharmont, à Castres. Pour que ce nous faisons soit efficace, il faut une cohérence entre la famille et le caté. » Elle cite l’exemple de Louna, 11 ans, sa petite-fille, habituée à lire la Bible avec sa mère qui l’a toujours laissée libre. Louna est la seule enfant du groupe à avoir demandé le baptême, après discussion avec sa famille.

 

 

Catéchètes

 

À Castres comme à Toulouse, les catéchètes étudient les textes bibliques comme une incitation à l’action, les mettent en perspective avec des sujets d’actualité et incitent les enfants à se demander « ce qu’ils veulent répandre ». Mais, dans un monde où les jeunes expriment beaucoup d’angoisse, elles ont aussi remarqué l’importance des temps de prière et de silence, « toujours très respectés, et peut-être attendus ». « On essaie de les aider à avancer et à avoir confiance dans leur quotidien, surtout en cas de difficultés, et cela passe aussi par la prière, qui est toujours un moment d’apaisement », explique Céline à Toulouse.

Pour sa collègue Béatrice, « l’interprétation des textes bibliques, c’est d’abord apprendre la liberté. On n’est pas obligé de croire pour apprendre des choses dans la Bible, et surtout la liberté ». Et cela, les enfants l’ont bien compris : même lorsqu’ils ne croient pas, le caté semble représenter pour eux quelque chose qu’ils ne trouvent pas ailleurs, un espace de discussion où ils peuvent s’exprimer sincèrement et s’affirmer sans être jugés.

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