Émerveillement et esprit critique
Une fois qu’un catéchète ou pasteur a goûté à cette pédagogie, il est difficile de ne pas s’y engager, pour des raisons très simples : cela permet aux enfants d’entrer dans une relation d’émerveillement et d’esprit critique face aux récits bibliques. Cela est permis par les beaux objets en bois qui accompagnent l’histoire, le rite d’une séance Godly Play, le calme et l’amour du silence du narrateur qui se concentre sur cette Parole qu’il fait circuler. Puis viennent les questions du narrateur : je me demande ce que tu as préféré dans l’histoire ? ce qui est important ? etc., qui font que l’enfant est invité à s’interroger face à ce récit et à se positionner, non dans le domaine du savoir, mais dans celui de la réflexion. Depuis six ans, je suis émerveillée moi aussi de voir à quel point les enfants sont en résonance avec ce qui est partagé.
Godly Play n’est pas seulement une autre façon de raconter une histoire biblique : c’est un véritable processus, construit sur un cadre formel clair et une trame de déroulement proche de celle d’un culte. À l’intérieur de ce cadre, un large espace de liberté est offert : liberté de penser, de créer, de communier, de prier. Cette pédagogie permet d’accueillir et d’inclure pleinement tous les enfants.
Collaboration de tous
De manière plus pragmatique, dans la paroisse où je suis pasteure, cette pédagogie a été introduite en 2018-2019. Nous avons commencé avec la parabole du bon berger et du matériel très simple : un loup fabriqué par un artisan, du tissu préparé par une paroissienne, etc. Peu à peu, pour raconter plus d’histoires, j’ai demandé à des paroissiens de fabriquer une arche en bois, un couple a préparé l’horloge liturgique, etc. Faire entrer Godly Play dans la paroisse nous a permis d’introduire une dimension intergénérationnelle entre des paroissiens grands-parents, ravis de construire pour les futures générations, et des enfants heureux de voir le temps qui leur était dédié. Les parents ont répondu assez vite à cette proposition pédagogique, qui découle de Maria Montessori et fait écho à leurs questionnements actuels sur l’éducation.
Godly Play, un investissement positif
Depuis six ans, entre dix et quatorze enfants participent chaque mois à une séance de Godly Play. Au fil du temps, ils ont développé une culture biblique très riche. Nous avons choisi d’ouvrir ces rencontres aux enfants de 3 à 10 ans, ce qui nous permet d’accueillir des fratries complètes. D’année en année, nous achetons un peu plus de matériel : il est coûteux, certes, mais je suis convaincue que ce n’est pas sur la ligne budgétaire dédiée à la jeunesse que notre paroisse doit réduire ses dépenses. Si nous n’investissons pas de manière pertinente dans les activités pour enfants, ne nous étonnons pas du vieillissement de nos Églises.
Quand les paroissiens entrent dans notre salle paroissiale, ils découvrent, sur l’ancienne estrade autrefois dédiée au théâtre, tout le matériel Godly Play. Les enfants y trouvent les récits bibliques soigneusement rangés dans leur ordre chronologique. De loin, cette pédagogie peut sembler difficile à mettre en place en raison de l’investissement matériel qu’elle demande. Pourtant, ce matériel est durable et offre un signe fort à toute la communauté : la jeunesse est au cœur de la vie de notre Église et elle mérite l’engagement de chacun.

