Quel a été votre parcours avant d’occuper ce poste de secrétaire national ?
Originaire de Suisse, j’ai grandi dans l’Église évangélique réformée du canton de Vaud. Après un stage pastoral à Vevey, j’ai proposé mes services à l’Église réformée de France en 1999. Au départ, je comptais y passer seulement quelques années. Or aujourd’hui, cela fait 26 ans ! Ce séjour temporaire s’est transformé en un véritable parcours de vie ponctué de belles rencontres. Dans les deux Églises locales où j’ai servi (Ermont-Taverny et Montpellier), j’ai accompagné des projets immobiliers liés au témoignage de l’Évangile. En 2025, après un congé sabbatique qui m’a permis de finir une thèse en théologie sur l’actualisation du récit chrétien, j’ai été nommé comme secrétaire national pour l’évangélisation.
En quoi consiste ce ministère particulier ?
Imaginez une minuscule graine de moutarde, jetée en terre. Elle pousse jusqu’à devenir un arbre où les oiseaux du ciel font leur nid. Dans cette parabole (Luc 13.18-19), je perçois le sens de ma mission : offrir un compagnonnage aux Églises locales et aux régions afin que chacune devienne un arbre accueillant. Mon rôle n’est pas de promouvoir une évangélisation axée sur les performances chiffrées, mais de favoriser une vie florissante, où priment la maturation spirituelle, l’écoute des besoins concrets et les relations authentiques avec Dieu et les autres. Mon attention est que l’écosystème, qu’est une Église locale, soit un terrain favorable à la germination des graines de la Bonne Nouvelle. Car l’évangélisation ne se fait pas en vase clos. Elle nécessite une veille continue sur le milieu qui nous entoure : comment une paroisse interagit-elle avec son voisinage ? Comment s’adapte-t-elle à un environnement changeant ? Avec la coordination nationale Évangélisation-Formation (Coef), notre objectif est de soutenir les communautés dans l’expérimentation de nouvelles manières de témoigner.
Qu’envisagez-vous de développer dans un avenir proche ?
Au sein de la Coef, je souhaite développer trois axes. Premièrement, préciser le sens de l’évangélisation. Certains sont mal à l’aise avec cette démarche, car ils la perçoivent comme néo-colonisatrice, tandis que d’autres regrettent la perte d’un savoir-faire autrefois ancré dans notre ADN ecclésial. Pour dépasser ces tensions, il est essentiel de débroussailler ensemble ce que signifie être missionnaire aujourd’hui, sans tomber dans l’imitation ou la nostalgie, mais en cultivant une approche créative et contextuelle.
Deuxièmement, l’expérimentation de nouvelles manières de témoigner est fréquemment porteuse de solitude. Les pionniers, bien que passionnés, se sentent parfois isolés, épuisés par le poids de la responsabilité. Pour y remédier, il est crucial de tisser des réseaux de solidarité active en organisant des forums, des visites apprenantes ou des compagnonnages entre Églises locales. Afin que chacun se sente soutenu, nous avons besoin de construire une mémoire collective et de resserrer nos liens.
Troisièmement, les équipes qui lancent des initiatives inédites rencontrent souvent des freins. Pour que ces essais s’épanouissent, il est nécessaire de favoriser la co-implication des différentes parties prenantes (l’équipe innovante, l’Église locale, le conseil régional, les instances nationales) et de clarifier qui pilote quoi. En m’attelant à ces trois défis, je souhaite contribuer à la germination de l’Évangile, dans la confiance et la solidarité.

