C’est le grand jour. Je marche en me demandant encore si tout cela va servir à quelque chose. Je marche pour aller voter. Pas très loin, heureusement : les municipales, ça se joue souvent à quelques centaines de mètres de chez soi. Sur le trottoir, je croise des voisins. Certains ont l’air décidé. D’autres un peu moins.
Moi aussi, j’y vais ; comme à chaque élection. Parce que rester chez soi en soupirant sur l’état du monde n’a jamais fait avancer grand-chose. Et puis, chrétienne ou pas, l’abstention n’est pas vraiment mon sport favori. L’Évangile a beaucoup de qualités, mais il ne brille pas par son enthousiasme pour la politique du canapé.
Une drôle de sensation
J’entre dans le bureau de vote, je salue certaines personnes. Atmosphère feutrée, tables alignées, République en version papier. On me tend une enveloppe. Je prends des bulletins. Et me voilà dans l’isoloir. Et là… mince ; j’ai comme une drôle de sensation. Je me rends compte que je ne suis pas seule ! Pourtant, j’ai bien tiré le rideau. Mais il y a avec moi mes convictions, mes doutes, mes hésitations… et l’Évangile. Il s’est invité sans prévenir. L’Évangile n’attend pas poliment à l’extérieur du bureau de vote pendant que je fais mon devoir civique. Il me suit, discrètement mais sûrement.
Voter quand on est chrétien, ce n’est pas chercher le candidat parfait : il n’existe pas. Ce n’est pas non plus transformer sa foi en programme municipal. C’est accepter que l’Évangile complique un peu les choses. Il m’oblige à me demander : qu’est-ce que ce choix dit de ma vision de l’humain ? Qui est oublié ? Qui est mis de côté ? Qui est considéré comme quantité négligeable ?
Le terrain préféré de l’Évangile
Les municipales ont ceci de particulier qu’elles touchent au très concret : l’école, la place du village, la culture, l’accueil des plus fragiles, la façon dont on vit ensemble. Autrement dit, le terrain préféré de l’Évangile. Lui qui parle de pain, de prochain et de chemins poussiéreux, se montre nettement moins enthousiaste devant les discours très radicaux, très sûrs d’eux, très pressés de désigner des responsables. Les extrêmes, il faut bien le dire, ont tendance à séparer là où l’Évangile s’obstine à rassembler.
Alors oui, je vote avec l’Évangile en tête. Non pas comme un mode d’emploi tout fait, mais comme une boussole. Elle ne m’indique pas toujours une direction évidente, mais elle m’évite de perdre complètement le nord. Elle me rappelle que la peur est mauvaise conseillère, que la dignité humaine n’est pas négociable, et que le vivre-ensemble n’est pas un gros mot.
Responsabilité
Je choisis. Sans illusion. Sans certitude absolue. Mais avec la conviction que voter est un acte de responsabilité, pas un exutoire. Un acte où l’on ne règle pas ses comptes, mais où l’on dit comment on veut vivre ensemble.
Je glisse l’enveloppe dans l’urne. Je signe, je sors. Voter n’est pas un acte sacré. Mais pour un chrétien, il n’est jamais neutre. C’est un acte de responsabilité, humble, imparfait, parfois un peu ironique, souvent inconfortable. Un acte où je glisse un bulletin… et un peu de ma conscience.
Je sais que parler de politique en tant que chrétien en gêne certains. Tant pis. L’Évangile était dans l’isoloir. Moi aussi. Il fallait bien que quelqu’un raconte ce qui s’y est passé.
Dans l’isoloir, nous sommes seuls. Mais nous ne votons jamais seuls. Ne l’oublions pas !

