Cinéma : L’affaire Bojarski

Drôle d’affaire, drôle de vie que celle du polonais Jan Bojarski, fabricant de faux papiers pour la bonne cause pendant la Seconde Guerre mondiale, et devenu par la suite un virtuose du faux billet, surnommé « le Cézanne de la fausse monnaie », au point que les « Bojarski » se vendent pour des sommes considérables aux enchères.

On a pu railler le côté « qualité française » du film, son académisme, sa reconstitution soignée de la France d’après-guerre, sa réalisation très sage. Son intérêt est pourtant dans le contraste entre cette forme, qui épouse la banalité du quotidien de Bojarski et sa famille, et les questionnements éthiques et politiques peu conformistes que soulève la vie du Polonais : réfugié, donc sans existence administrative après-guerre, il se voit privé d’emploi (« Les Français d’abord », lâche un employeur), et les prototypes nés de son imagination d’inventeur, stylo bille ou dosettes de café, sont « volés » par d’autres qui peuvent en déposer les brevets. C’est ce qui le conduit à la délinquance. Reda Kateb incarne avec une sobre intensité cet homme secret, opaque, dont l’ambition créatrice, artistique, est évidente. Ce n’est pas la fortune que court Bojarski, c’est la reconnaissance de son talent. Et de fait, il ridiculise l’épithète « infalsifiable » que la Banque de France utilise péremptoirement à chaque nouveau billet.

Le film interroge donc avec finesse la morale commune sur l’honnêteté et l’ordre social : le Polonais n’utilise son argent que pour nourrir sa famille, lui procurer une certaine aisance, et aider ses amis. Sara Giraudeau incarne une Suzanne Bojarski vive et indépendante qui, dans un premier temps, refuse de lui pardonner son mensonge – elle le croyait représentant de commerce, alors qu’il écoulait ses billets, voyage après voyage, dans la France entière. Mais elle renoncera au divorce qu’il lui propose et l’attendra pendant ses années de prison. Bastien Bouillon campe un inspecteur Mattéi compétent, obsédé par sa proie, qu’il admire manifestement.

Le succès du film montre qu’il rencontre notre époque, sa vision du pouvoir matérialisé par l’argent, qui se confronte à la soif de liberté et de reconnaissance.

 

L’AFFAIRE BOJARSKI Jean-Paul Salomé, sortie janvier 2026, 2 h 08

 

#Cinéma #Culture

Nos titres

Paroles protestantes Est-Montbéliard
Liens protestants
Ensemble
Paroles protestantes Paris
Échanges
Réveil
Le Cep
Le Ralliement

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Ce qu’il reste de nous, de Cherien Dabis
Cinéma
Ce qu’il reste de nous, de Cherien Dabis
D’origine palestino-jordanienne, la réalisatrice, scénariste et actrice de ce film est née et a grandi dans l’Ohio. C’est le long traumatisme vécu par son père, un Palestinien exilé, qui lui fait proposer ici une fresque bouleversante, mêlant histoire et intime.
13e Festival de films « Regards œcuméniques »
Lyon
13e Festival de films « Regards œcuméniques »
La 13e édition du Festival de films "Regards œcuméniques" aura lieu les 17, 20 et 22 janvier 2026, à l'occasion de la semaine de prière pour l'unité des chrétien, au Cinéma Bellecombe à Lyon.
Le gâteau du président, Hasan Hadi
Cinéma
Le gâteau du président, Hasan Hadi
Caméra d’or à Cannes 2025, ce premier long-métrage est aussi le premier film sur la vie quotidienne dans la société irakienne des années 1990, asphyxiée par les sanctions financières internationales et une corruption généralisée.
Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson
Cinéma
Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson
Paul Thomas Anderson est un cinéaste hors normes qui se transforme et se réinvente d’un film à l’autre. Tout au plus retrouve-t-on certains thèmes, autour du couple, du pouvoir (politique et religieux) et un regard très critique sur la société américaine.  
Deux procureurs, Sergueï Loznitsa
Cinéma
Deux procureurs, Sergueï Loznitsa
Inspiré d’un texte de Demidov, un physicien relégué pendant quatorze ans au Goulag, ce récit tragique s’annonce par le carton « URSS 1937. Apogée de la terreur stalinienne ».
Rétrospective : Chabrol « première vague »
critiques-films
Rétrospective : Chabrol « première vague »
En juillet, sont ressortis en copies restaurées douze films de la « première période » de Claude Chabrol, du Beau Serge (1958) aux Noces rouges (1973).
Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, Lyne Charlebois
critiques-films
Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, Lyne Charlebois
Ce film est inspiré de la correspondance secrète et récemment retrouvée qu’échangèrent pendant dix ans, entre 1935 et 1944, le frère Marie-Victorin, le plus grand intellectuel québécois de l’entre-deux-guerres et célèbre botaniste, et son assistante Marcelle Gauvreau, elle aussi scientifique d’avant-garde.
L’expérience cannoise d’Arielle Domon
Cinéma
L’expérience cannoise d’Arielle Domon
Arielle Domon, membre du jury œcuménique du Festival de Cannes 2025, est vice-présidente de Pro-Fil, association de filmophiles d’inspiration protestante. De retour chez elle, à Montpellier, elle nous raconte les coulisses du jury œcuménique. 
Cannes 2025 : lumière dans la nuit du monde
Cinéma
Cannes 2025 : lumière dans la nuit du monde
Le 78e Festival de Cannes s’est affirmé comme un miroir du monde, où les fractures sociales, politiques et humaines ont été au cœur des récits. Le cinéma y a abordé sans détour l’autoritarisme, la guerre, l’exil, mais aussi l’amour, la résilience ou la quête de vérité. Une édition forte, parfois inégale, mais toujours vibrante de préoccupations contemporaines.