L’OQTF : l’épée de Damoclès des sans-papiers

Nos Églises locales et leurs Entraides accompagnent des sans-papiers installés en France depuis parfois plusieurs années. Qu’ils aient ou non un contrat de travail, ils vivent aujourd’hui plus que jamais dans la peur d’une OQTF (obligation de quitter le territoire).

En 2016, un vent de protestation avait soufflé devant les drames vécus par les exilés traversant les mers pour se créer un avenir meilleur, voire un avenir tout court. Initié par l’Église protestante unie de France, un collectif intitulé « Exilés : l’accueil d’abord ! » appelait à un accueil conforme aux principes républicains : « Contre la logique de méfiance et de rejet, ce collectif veut faire entendre une voix généreuse et réaliste. Oui, pour accueillir les exilés, la France doit faire plus et mieux ! »

 

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? 

 

Dix ans plus tard, la loi Darmanin et la circulaire Retailleau ont non seulement durci les conditions d’accès à la régularisation mais aussi supprimé la quasi-totalité des protections contre les OQTF, le tout assorti de discours assimilant les migrants à tous les malheurs des Français. La Cimade constate « la précarisation, la stigmatisation et l’exclusion des personnes étrangères » et pointe « un arbitraire grandissant d’une administration toute puissante ». Ceci pour la France, mais que dire de l’Europe qui, elle aussi, réclame un durcissement de la loi migratoire ?

 

Pas besoin d’être exilé aux états-Unis pour vivre dans la peur et l’exclusion. Ces étrangers qui n’avaient pour tout horizon que la peur et la mort ont quitté leur pays pleins d’espoir. Mais il semblerait que, quels que soient les efforts accomplis, notamment en termes d’intégration, ils n’aient pas leur place en France. Pour l’administration (mais pas que), ils ne mériteraient pas de vivre « chez nous », d’avoir accès à une alimentation et à un logement décents, au travail, aux soins. En bref, ils ne mériteraient pas que notre humanité se porte vers eux.

 

 

L’exil, une double peine 

 

La probabilité qu’une chaîne de télévision propose une téléréalité sur le thème « Vis ma vie de sans-papiers » est nulle. Et pourtant, nombreux sont ceux qui comprendraient mieux la désillusion que vivent les étrangers en situation irrégulière dans notre pays. Quand ils ne sont pas enfermés, ou plutôt parqués, dans des centres de rétention administrative, ils subissent, en plus du traumatisme de l’exode, du choc de la langue et des cultures, une chasse aux sorcières institutionnalisée. L’OQTF ou ne plus être chez soi nulle part.

 

Français ou étranger, nous sommes d’abord des êtres humains. Et, pour nous chrétiens, nous sommes encore plus : tous, nous sommes enfants de Dieu, sans exception, et surtout sans conditions. Comment, alors, rejeter mon frère, ma sœur en humanité ? Pensons-y à l’heure des choix politiques…

 

© Ricardo Gomez Angel/Unsplash

#Actualité #Migrants #Question d'actu #Société

Nos titres

Paroles protestantes Est-Montbéliard
Liens protestants
Ensemble
Paroles protestantes Paris
Échanges
Réveil
Le Cep
Le Ralliement

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Mission First !
Question d'actu
Mission First !
À l’occasion du synode national sur l’Église universelle, Jean-François Zorn, spécialiste de la mission, nous livre ici sa réflexion sur le lien entre Église universelle et mission.
L’isoloir, l’Évangile… et moi
Question d'actu
L’isoloir, l’Évangile… et moi
Lors d’une élection, chaque citoyen exprime ses convictions. Mais pour les chrétiens, au moment de choisir le bulletin de vote, l’Évangile s’invite dans l’isoloir.
« Infini est le nombre des fous »
Question d'actu
« Infini est le nombre des fous »
Vous me connaissez : je suis celle qui dérange, qui tourne les têtes, celle qui vous donne des idées déraisonnables, mais qui procure aussi parfois la gaieté et l’extravagance. Vous ne voyez pas ? Je suis ?... je suis ?... la Folie !
Mécréant
Question d'actu
Mécréant
« Mécréant » est une contraction, une déformation de « mal croyant », comme « médisant » est une déformation de « mal disant ». D’après le dictionnaire, et spécialement en matière de religion, un mécréant est un individu qui n’adopte pas la croyance officielle majoritaire. C’est donc d’abord être vu comme tel par les autres. En toute honnêteté je pense être un mécréant aux yeux de mes ancêtres.
Faut-il adhérer à la Fédération Protestante de France?
Sud-Ouest
Faut-il adhérer à la Fédération Protestante de France?
Le Conseil national de l’EPUdF s’est réuni du 19 au 21 septembre 2025 à Paris. Parmi les sujets à l’ordre du jour figurait un projet de modification des statuts de la Fédération protestante de France (FPF) pour donner davantage de place aux Églises évangéliques. Cette initiative a incité Nina Liberman à questionner la pertinence du système fédératif.
Faut-il avoir peur de l’IA ?
Question d'actu
Faut-il avoir peur de l’IA ?
Entre fascination et panique, notre rapport à l’intelligence artificielle révèle moins la puissance des machines que nos propres contradictions sociales. Ce n’est pas l’outil qu’il faut craindre, mais le système économique qui l’oriente.
L’Aide sociale à l’enfance, cible de proxénètes
Question d'actu
L’Aide sociale à l’enfance, cible de proxénètes
La commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance constate dans son rapport publié en avril dernier une « crise profonde » du secteur. Parmi ses manifestations les plus dramatiques figure la prostitution des mineurs placés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Réparer l’esclavage : un défi à relever pour la France
Question d'actu
Réparer l’esclavage : un défi à relever pour la France
Jean-Marc Ayrault ouvrira le colloque dédié à Haïti organisé par la Fédération Protestante de France, du 28 au 30 novembre, à la Maison du protestantisme (Paris).
Les enjeux du budget de l’État en 2026
Question d'actu
Les enjeux du budget de l’État en 2026
Les déficits élevés du budget de l’État sont cumulés dans une dette publique dont les charges d’intérêt annuelles ont doublé depuis 2020. Pour maintenir la confiance des prêteurs, un plan de stabilisation de la dette publique s’impose.