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Les participants de la Conférence Européenne de l’Education chrétienne
Du 8 au 12 juin 2026, des responsables de l’éducation chrétienne venus de plusieurs pays européens se sont retrouvés en Suisse pour une rencontre organisée par l’ECCE. Pendant quelques jours, dans un cadre anglophone, nous avons réfléchi ensemble à une question qui paraît simple, mais qui vient profondément interroger nos pratiques : quelle place faisons-nous réellement aux enfants dans nos Églises ?
Le thème choisi était « Entendre la voix : religion et droits de l’enfant ». Trois grandes questions ont ainsi traversé la semaine : la religion soutient-elle les droits de l’enfant ? Comment aider les enfants à grandir en liberté grâce à une éducation chrétienne ? Comment entendre leur voix et soutenir réellement leur participation ?
De Zurich à Genève
Notre parcours a commencé à Zurich, par une découverte des lieux de la Réforme, avant de se poursuivre à Leysin et de finir à Genève, avec notamment la visite du mur des réformateurs et de l’« Église des enfants », puis par une célébration finale.
Entre ces deux lieux symboliques du protestantisme européen, les journées ont alterné entre conférences, ateliers, discussions, temps régionaux, célébrations et propositions cultuelles.
La réflexion biblique, particulièrement originale et créative, a été conduite par Heiner Schubert à travers le dessin. Plusieurs intervenants sont également venus apporter leur éclairage, parmi lesquels le Dr Philip Jaffé, des Nations unies, Paul Butler et Frédérique Seidel, du Conseil œcuménique des Églises. La dimension œcuménique de la rencontre s’est aussi manifestée par la visite de Mgr Charles Morerod, évêque catholique.
Mais tout ne passait justement pas par les conférences et les mots.
Une rencontre européenne profondément joyeuse
Au-delà du programme, il me reste surtout une impression très forte : « la joie ».
J’ai été frappé par les sourires, la simplicité des relations, le plaisir d’être ensemble et de découvrir les expériences venues d’autres pays. Tout le monde semblait heureux, heureuses d’être là, quelle joie !
Cette atmosphère disait peut-être quelque chose du projet lui-même : nous parlions de liberté, d’écoute, de participation, de respect de la parole de l’enfant, et ces valeurs se retrouvaient aussi dans notre manière d’être ensemble.
Le caractère anglophone de la rencontre ajoutait à la fois une difficulté et une richesse à cette expérience de décentrement.
Il fallait écouter des personnes venues d’autres cultures, d’autres Églises, avec d’autres pratiques et d’autres manières de poser les questions, et c’est précisément cela que j’ai beaucoup aimé.
Pendant longtemps, nous avons surtout pensé la catéchèse à partir de ce que les adultes souhaitaient transmettre : des récits bibliques, des convictions, une tradition, une culture, une certaine manière d’être et de croire.
La question des droits de l’enfant nous oblige à déplacer le regard, notre regard.
L’enfant n’est pas seulement celui ou celle à qui l’on parle, il ou elle est aussi une personne qui parle.
Une personne capable de poser des questions auxquelles nous n’avons pas toujours de réponse, capable de comprendre autrement un récit biblique, capable de douter, de dire non, de croire autrement que nous ou, parfois, de ne pas croire comme nous l’aurions imaginé ou voulu.
Cela paraît évident, pourtant, dans nos pratiques, nous continuons facilement à penser d’abord à ce que nous devons faire pour les enfants, ou à ce que les enfants doivent faire pour nous.
Cette semaine m’a invité à poser une autre question : que pouvons-nous faire avec eux ? Et peut-être faut-il aller encore un peu plus loin : que peuvent-ils nous apprendre, eux aussi ?
Entendre la voix de l’enfant suppose alors de penser une éducation chrétienne qui ne cherche pas à fabriquer des croyant·es conformes à nos attentes, mais qui permette à chacun et chacune de devenir un sujet libre, responsable, capable de penser, de choisir et de rencontrer l’autre.
C’est peut-être ici que les droits de l’enfant et l’Évangile peuvent entrer dans un dialogue particulièrement fécond : lorsque transmettre ouvre un espace dans lequel une parole peut naître.
Une question pour nos Églises aujourd’hui
Derrière toutes les questions abordées pendant la semaine s’en dessinait finalement une autre, fondamentale pour notre protestantisme : que signifie éduquer dans la liberté ?
Quelle place accordons-nous réellement aux enfants dans l’Église ? Sont-ils seulement invités à recevoir ce que les adultes ont préparé pour eux ?
Sommes-nous prêts à entendre leurs questions, leurs convictions, leurs incompréhensions et même leurs refus ? Que leur regard puisse transformer notre manière de faire Église ?
Nous entendons encore souvent cette phrase : « Les enfants sont l’Église de demain. »
Cette rencontre m’a conforté dans ma conviction de ne pas vouloir la prononcer. Laissons l’avenir exister par lui-même.
Les enfants ne sont pas là pour porter sur leurs épaules l’avenir de nos communautés, ils ne sont pas destinés à devenir demain les piliers d’une Église que nous aurions déjà entièrement dessinée pour eux aujourd’hui.
Si nous les considérons seulement comme « l’Église de demain », nous risquons de leur demander de prolonger ce que nous sommes, plutôt que de leur permettre d’inventer aussi ce que l’Église pourrait devenir.
Car l’essentiel est ailleurs : ils sont déjà l’Église d’aujourd’hui.
De la rencontre à la catéchèse
Pour moi, cette semaine n’est d’ailleurs pas restée une belle réflexion sans lendemain, elle a eu une conséquence très concrète.
À mon retour, j’ai eu envie de reprendre le thème de la catéchèse, le parcours que j’ai construit pour cette nouvelle année est directement né de ce que j’avais entendu, découvert et vécu en Suisse.
J’ai choisi de bâtir toute la catéchèse autour de la « Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) », en faisant dialoguer ces droits avec les récits bibliques et l’Évangile.
Nous parlerons bien sûr de dignité et d’égalité, mais aussi de sujets qui touchent directement la vie des enfants et des adolescents : l’égalité entre les filles et les garçons, le respect du corps et de l’intimité, la liberté de croire ou de ne pas croire, les réseaux sociaux, l’écologie, la justice ou encore la manière dont vivent les enfants ailleurs dans le monde.
Le parcours porte un titre qui résume finalement assez bien ce que cette rencontre m’a donné envie d’explorer avec eux : « Moi aussi j’habite le monde ».
Qu’ont-ils à nous dire ? Comment voient-ils le monde ? Quelles questions portent-ils ? Et que deviennent nos textes bibliques lorsqu’ils sont lus à partir de leurs expériences, de leurs droits et de leur parole ?
Je suis revenu de Suisse avec des notes, des idées et des outils, bien sûr, mais je suis surtout revenu avec des visages, des rencontres et beaucoup de sourires.
Alors oui, il me tarde déjà la prochaine !
