© GEDEON Experiences – BackLight – Musée d’Orsay – VIVE Arts
Vue de la statue émergeant des toits de Paris lors de sa fabrication, d’après un document d’époque
La Liberté éclairant le monde, statue universellement connue et symbole de New York, fut au départ une vision née chez deux Français pour célébrer à la fois l’anniversaire de la République américaine et l’amitié entre la France et les États-Unis.
Ambition monumentale
Le sculpteur originaire de Colmar Auguste Bartholdi et le juriste Édouard Labouhaye s’associent pour mener à bien un projet qui paraît dément : construire la plus grande statue au monde et l’offrir aux États-Unis. Pour comprendre leur motivation, il est important de se replacer dans le contexte de l’époque : en France, la défaite de 1870 a entraîné la création de la IIIe République, encore sous la menace d’une restauration monarchique jusque dans les années 1880. L’Empire allemand, proclamé à Versailles, a annexé la Lorraine et l’Alsace, ce qui a beaucoup marqué Bartholdi.
De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis sont un régime démocratique qui accueille les Européens victimes du totalitarisme, des persécutions religieuses et plus largement de la misère. Ces populations débarquent le plus souvent à New York. La nouvelle statue serait le premier monument que les émigrants découvriraient et symboliserait toutes les promesses de leur nouveau pays. Elle servirait aussi à rappeler le rôle crucial de la France au moment de la guerre d’Indépendance américaine et à inscrire dans le paysage les liens d’amitié entre les deux pays.
Une stratégie est mise en place pour trouver les fonds, concevoir, promouvoir et construire ce monument de 46 mètres de haut, 93 mètres avec son piédestal.
Parcours virtuel
Pour comprendre les défis auxquels ont été confrontés les créateurs, le visiteur doit s’équiper d’un casque de réalité virtuelle, ce qui lui permet de marcher dans les pas de Bartholdi lui-même. Le parcours s’appuie sur de nombreux documents d’époque, plans, photos et peintures. Il permet de mieux comprendre les nombreuses difficultés rencontrées, qui mettront des années à se résoudre. Prévue pour 1876, l’inauguration ne pourra se faire qu’en 1886, après bien des péripéties et des moments de découragement. Bartholdi fait preuve d’une détermination exceptionnelle. Le visiteur découvre tout, dès le premier croquis et la genèse du projet. Il a fallu trouver des financements toujours plus importants et régler de nombreux problèmes techniques. Chacun peut évoluer, comme s’il y était, au milieu des échafaudages, des ateliers, voir l’ouvrage émerger au-dessus des toits de Paris. Gustave Eiffel est appelé à la rescousse pour trouver des solutions d’ingénierie. Dans les dernières années, un grand élan populaire des deux côtés de l’Atlantique permet de collecter l’argent nécessaire. L’exposition se termine avec la traversée en bateau et, enfin, l’érection de la statue à l’entrée du port.
Et maintenant ?
À la sortie de l’exposition et une fois le casque rendu, des questions se posent sur le symbole puissant qu’exprime la statue. Elle est toujours un des monuments les plus visités de New York, mais éclaire-t-elle encore le monde ? La politique menée par le président actuel des États-Unis permet-elle encore de croire à des jours meilleurs pour les citoyens et ceux qui rêvent de s’installer dans le pays ? L’administration actuelle est-elle en train de faire basculer le pays dans un régime autoritaire ? L’évolution dans les semaines et les mois qui viennent permettra peut-être de dire si, encore et toujours, la statue de la Liberté a toujours sa place aux États-Unis.
Une statue pour la Liberté, jusqu’au 31 janvier au Musée d’Orsay, Paris 7e. Tlj sauf lundi de 9 h 30 à 18 h, jeudi jusqu’à 21 h 45. Âge minimum : 8 ans.
