Connu comme le siècle des Lumières, le XVIIIe est aussi celui des persécutions que le protestantisme connaît en France depuis la révocation en 1685 jusqu’à l’édit de tolérance de 1787. Privés de liberté de culte, les protestants sont aussi privés de liberté de conscience et même d’état civil. Appelés Nouveaux Convertis, ils sont censés revenir au sein de l’Église catholique, seule habilitée à tenir les registres de naissances, mariages et décès. Comme ils ont aussi interdiction de quitter la France, ils doivent vivre en clandestins dans leur propre pays ou fuir au péril de leurs vies (environ 200 000 après 1685).
Une famille opiniâtre
Malgré les dangers, des dizaines de milliers de familles refusent de céder et beaucoup font semblant de se convertir. Dans le Vivarais, terre protestante d’Ardèche, Étienne et Claudine Durand font baptiser leurs enfants Pierre et Marie à l’église catholique. Cela ne les empêche pas de pratiquer leur religion à la maison et notamment de lire la Bible. La possession d’une bible protestante pouvait conduire à l’emprisonnement. Dans le hameau du Bouschet de Pranles où ils vivent, leur protestantisme est connu. La mère est arrêtée quand Marie est âgée de 8 ans et ne reviendra pas. Pierre, le frère aîné, part pour la Suisse où il décide de devenir pasteur. À son retour en France, il réorganise en Vivarais les Églises du Désert. Pour faire pression sur lui, la police arrête son père, qui sera enfermé 14 ans. Marie, restée seule à la maison, se marie à 19 ans en 1730. Quelques mois plus tard, elle est arrêtée à son tour et enfermée à la tour de Constance, à Aigues-Mortes, où elle va rester 38 ans.
© Musée du Désert
Ferme dans la foi
Depuis 1715, on n’enferme plus que des femmes protestantes à la tour de Constance. C’est là que Marie apprend l’arrestation et la mort de son frère par pendaison, en 1732. Avec les autres prisonnières, Marie ne cède pas. Les femmes organisent des cultes entre elles, s’encouragent mutuellement. Le mot « Résister », gravé dans la pierre et toujours visible dans la tour, lui est traditionnellement attribué, sans certitude. Vestige du Moyen Âge, l’endroit est insalubre, glacial en hiver. En 1755, Marie écrit à une de ses nièces : « Nous avons été dans une terrible souffrance cet hiver. Nous étions sans aucune provision, excepté d’un peu de bois vert. » De nombreuses lettres de Marie ont été conservées, qui montrent sa fermeté dans la foi ; elle tâchait aussi d’obtenir de l’aide des Églises du refuge, en Suisse ou en Hollande, qui faisaient irrégulièrement parvenir un peu d’argent et des vivres aux prisonnières.
Quand enfin elle fut libérée, elle revint dans sa maison avec l’une de ses compagnes de captivité. Très diminuée par les privations, elle vécut encore huit ans et trouva la force de se rendre deux fois par an aux assemblées du Désert (cultes clandestins), jusqu’à sa mort en 1776.
Le souvenir de Marie Durand a été transmis et cité en exemple aux petits protestants français jusqu’à nos jours. Sa maison natale, quasiment inchangée depuis le XVIIIe siècle, a été transformée en musée. Elle témoigne, avec ses cachettes et ses inscriptions bibliques, de ce qu’était la vie en France dans la clandestinité.
