Redécouvrir Dorothée Sölle, mystique engagée

Écho de la première conférence de la série « Penseuses protestantes pour agir aujourd’hui » (15 janvier), consacrée à « Dorothee Sölle, théologienne allemande, mystique engagée au cœur du monde », par la pasteure Géraldine Walter.

Dorothée Sölle

« Nous vivons en un temps où la foi au Christ se trouve mise en danger principalement par ceux-là qui ont pour souci de la sauvegarder. Ils ont peur des changements touchant les attitudes établies au plan de la pensée et de la vie, ils tiennent les réformes pour des destructions et relégueraient volontiers le Christ dans une châsse d’or intouchable, et partant n’atteignant personne, immuable, et partant ne modifiant personne, ayant valeur éternelle et partant aussi éloigné qu’il est possible de notre réalité. » 

Dorothee Sölle, Imagination et obéissance, 1968, p. 11-14. 

  

Ces mots résument l’exigence de Sölle : refuser une foi « mise sous verre » et affronter le monde. Son christianisme est ouvert et engagé, ancré sur le terrain, et souvent très critique envers sa propre Église. Malgré des études brillantes en philologie, philosophie et théologie, et malgré une audience internationale, elle n’obtiendra pas de chaire en Allemagne et ne deviendra professeure honoris causa à Hambourg qu’en 1994. 

  

Selon elle, le Christ appelle à une liberté qui oblige à chercher et oser son chemin dans chaque situation nouvelle : non l’obéissance, mais l’imagination. Le problème de la chrétienté serait d’être faite d’admirateurs plutôt que de disciples ; suivre le Christ est une forme sociale de la foi, ce qui la rapproche de Thomas Müntzer. 

  

Politiquement, ses prises de position la situent résolument à gauche : pacifisme (contre la guerre au Viêtnam), féminisme, écologie, et influence de la théologie de la libération sud-américaine.

 

Sölle conteste le Dieu tout-puissant : elle dénonce le « Dieu s’occupera de tout ». Vivre en chrétien, c’est reconnaître un Dieu « dépendant » de l’homme et assumer une responsabilité collective. 

  

Dans sa Confession de foi (1968), marquée par Bultmann, elle avertit contre le danger de se contenter de belles paroles et insiste sur notre responsabilité commune. 

  

« L’avenir de notre terre sera ce que nous en ferons : soit une vallée de larmes, soit une cité de Dieu. » 

  

Le péché est d’abord collectif et structurel ; il inclut ceux qui se taisent devant la misère, la souffrance, la guerre et l’injustice. 

  

Sa théologie est née de l’histoire : issue de la haute bourgeoisie libérale, elle affronte la faillite de la génération de ses parents face au nazisme, et constate combien l’enseignement de l’histoire peut s’arrêter « avant » la Seconde Guerre mondiale. D’où, chez elle, le souci d’une parole crédible, en dialogue avec son temps. 

  

La mystique devient alors une source d’énergie pour l’engagement. Dans Mystique et résistance, elle plaide pour une démocratisation de la mystique (non réservée à une élite) et étudie comment des mystiques, à travers les siècles, ont « résisté ». 

  

Dans Vivre et travailler. Une théologie de la création (1984), Sölle déclare : « Nous ne sommes pas de simples récipients dans laquelle la grâce est versée ; au contraire, nous sommes des partenaires actifs d’un amour vivant. » 

  

Son œcuménisme militant garde toute sa force. Sa conviction qu’une vie « qui ait du sens » est possible pour tous résonne aujourd’hui comme un appel, face à la violence, la guerre, l’injustice et la misère : 

  

« Je crois en la possibilité d’une paix juste. 

Je crois en la possibilité pour tous de mener une vie qui ait du sens. 

Je crois à l’avenir de ce monde qui est le monde de Dieu. » 

 

https://egliseprotestantedelarencontre.epudf.org

#Paris - Saint-Martin - Ourcq #Région parisienne
#En région #Femmes protestantes #Histoire

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Relire France Quéré aujourd’hui
Paris - Saint-Martin - Ourcq
Relire France Quéré aujourd’hui
Un écho de la deuxième conférence de la série « Penseuses protestantes pour agir aujourd’hui », consacrée jeudi 29 janvier à France Quéré par Caroline Bauer, théologienne et enseignante en éthique.
Les jeudis de La Rencontre : Penseuses protestantes pour agir aujourd’hui
Paris - Saint-Martin - Ourcq
Les jeudis de La Rencontre : Penseuses protestantes pour agir aujourd’hui
Un cycle de rencontres pour nourrir la réflexion et l’engagement. À travers trois soirées, La Rencontre vous propose de découvrir des figures inspirantes de la pensée protestante, pour éclairer notre foi et notre action aujourd’hui.
Donner du sens au partage œcuménique
Pantin
Donner du sens au partage œcuménique
Les relations entre Églises se concentrent souvent sur les célébrations religieuses. Pourtant, la relation œcuménique peut aussi être différente. Catherine Axelrad explique la démarche choisie par les Églises de Pantin.
Vivre et penser la foi : La musique protestante
Paris
Vivre et penser la foi : La musique protestante
À la suite de Martin Luther, auteur et compositeur de cantiques, toutes les dénominations issues de la Réforme chantent avec force et constance, chaque courant et chaque époque de l’histoire du protestantisme mettant en cantiques sa sensibilité propre. Trois conférences accompagnées de musique proposent de découvrir l’histoire mal connue de trois répertoires pourtant couramment pratiqués dans nos cultes.
Canne : Le prix du jury œcuménique 2026
Cannes
Canne : Le prix du jury œcuménique 2026
Du 12 au 23 mai 2026 aura lieu la 79e édition du Festival de Cannes. L’un des films de la sélection officielle recevra un prix au regard particulier, celui du jury œcuménique.
Les temples ruraux du Pas-de-Calais
Flandres-Artois-littoral
Les temples ruraux du Pas-de-Calais
Les temples d’Achicourt et de Famechon ne sont plus des lieux de culte protestants. Mais bien que désaffectés, ils témoignent toujours d’une histoire locale de la Réforme. Dans cette seizième visite sur vingt, explorons les temples désaffectés de l'Artois.
Emmanuelle Seyboldt : la simplicité vraie
Lille
Emmanuelle Seyboldt : la simplicité vraie
Ce mois-ci, Liens Protestants est parti à la rencontre d'Emmanuelle Seyboldt, pasteure de Fives fraîchement arrivée en septembre dernier.
Nouvelles de l’Église protestante unie en région parisienne
Région parisienne
Nouvelles de l’Église protestante unie en région parisienne
La région parisienne couvre les arrondissements de Paris, de la proche et de la grande couronne, mais aussi les villes et grands espaces à l’Ouest jusqu’à Chartres et Dreux, à l’Est jusqu’à Troyes et au sud Est jusqu’à Auxerre et Nevers.
Les diacres permanents dans l’Église catholique romaine
Belfort
Les diacres permanents dans l’Église catholique romaine
Depuis le synode national de 2024 à Toulon, l’Église protestante unie de France travaille à la mise en place d’un ministère de diacre, à côté de celui du pasteur. Il est intéressant de regarder la façon dont l’Église catholique a, depuis 1963 (Vatican II), restauré le diaconat à côté du presbytérat et de l’épiscopat.