Le temple anglican de Lille

Vous serez les bienvenus dans ce lieu de culte, l’hospitalité est ici la règle comme l’usage de l’anglais. Mais chez qui venez-vous d’arriver exactement ?

Détail d’un vitrail – le réverend Meston est qualifié de chapelain (Christ Church Lille)
© DR

Quel vocable ?

 

Comment appeler un tel endroit : église, temple ou chapelle ? Sur les plans de Lille on peut lire « temple anglican », à l’entrée il est écrit « Christ church », mais le ministre du culte y porte le titre de « Chaplain » et la paroisse est officiellement une « chaplaincy » du diocèse d’Europe, terme que l’on peut traduire par aumônerie ou chapellenie ! Comme vous l’avez remarqué j’ai gardé l’appellation « temple » qui est le fil conducteur de notre série d’articles. Mais ce mot est propre aux protestants français, tandis que la « chapelle » est le terme habituel chez les non-anglicans (non-conformistes) ! À vrai dire « église » est le terme le mieux approprié tant le lieu de culte se définit de plus en plus comme anglophone… sans référence à une dénomination plus précise que « Christ Church ». C’est la seule église anglophone à Lille et ses environs. Cette International English-speaking church est devenue un lieu de rencontre entre expatriés, étudiants, familles mixtes et francophones anglophiles. Les offices y sont célébrés en anglais chaque dimanche depuis 150 ans.

 

Gravure du 19e s (Christ church Lille)
© DR

Une communauté dans l’histoire

 

La communauté anglicane lilloise se constitue au début du XIXe siècle. Des Britanniques – capitaines d’industrie, contremaîtres, ouvriers qualifiés – s’installent dans la région lilloise, attirés par le dynamisme du secteur textile. Les services religieux sont d’abord assurés au temple protestant moyennant un loyer ! Les premiers offices en anglais sont organisés par des laïcs, notamment W. B. Edwards. À partir de 1848, un ministre ordonné commence à célébrer régulièrement des offices en anglais. Un mémorial dédié au Révérend W. Meston, actif durant cette période, est encore visible dans la sacristie de l’église actuelle. Un lieu de culte en propre est érigé en 1870.

 

Mais le XXe siècle est pour la communauté un temps d’épreuves. Le 13 octobre 1914 Lille passe sous administration allemande. La cité de Lydéric devient une ville de garnison durant quatre ans et quatre jours. Mais pendant toute cette période d’occupation, le Révérend Moore refuse de partir. Un office est assuré tous les dimanches. Une plaque et le tableau d’honneur en témoignent encore. Des archives photographiques montrent des fidèles  sortant de l’église anglicane pendant la Première Guerre mondiale, notamment lors de la libération de Lille en 1918 par les troupes britanniques.

 

En 1939, des soldats britanniques sont envoyés dans le Nord de la France. Beaucoup d’entre eux viennent à Christ Church. Mais en 1940 les Allemands occupent à nouveau la ville de Lille. L’église n’a plus de prêtre… les offices deviennent épisodiques.

 

Après guerre le nombre de fidèles commence à diminuer avec le déclin de l’industrie textile et le mouvement de déchristianisation. La paroisse est même privée de ministre jusqu’en 1998. Depuis la communauté connaît une nouvelle jeunesse… un peu moins anglicane mais beaucoup plus internationale.

 

L’orgue (Christ church Lille)
© DR

Un édifice néo-gothique

 

L’édifice actuel a été construit en 1870 à l’angle des rues Watteau et Lydéric. Le discret style néo-gothique est perceptible à travers les fenêtres ogivales, les colonnettes de la porte et les contreforts. L’église se compose de trois parties : la nef, le chœur et la sacristie. Les vitraux retracent les grands moments de la vie de Jésus. Contrairement aux réformés, les anglicans ne sont pas allergiques à la présence d’images dans leurs lieux de culte. Les murs sont couverts de plaques mortuaires qui nous rappellent la mémoire des marguilliers, les membres du conseil de fabrique chargés d’administrer les biens de la paroisse. Les drapeaux des régiments anglais encadrent une stèle commémorant les victimes de guerre. La chaire et les bancs donnent un petit air protestant à l’ensemble. Au fond se trouve le chœur en forme semi-octogonale, un orgue peint et le sanctuaire avec la table. La charpente en bois apparente est peinte en blanc dans la nef et d’un bleu nuit, semé d’étoiles dans le chœur. Le portrait d’Élisabeth II de la sacristie n’est plus là, mais il reste un souvenir de la reine… le tapis rouge au sol est un morceau de celui déroulé lors de son sacre en 1953. Le souverain anglais est le chef de l’Église d’Angleterre. En sortant vous pourrez observer la carte du diocèse d’Europe sur lequel l’évêque de Gibraltar a autorité.

 

 

Prochainement : Le temple d’Illies

 

Pour aller plus loin 

PHILLIPS John Samuel, The story of the Lille Chaplaincy, 1895 

#Flandres-Artois-littoral #Lille #Nord-Normandie
#En région #Patrimoine #Temple

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Vous souhaitez être informé de l’actualité protestante, inscrivez-vous à nos newsletters.

 

Découvrir nos newsletters

Pour aller plus loin

René Lapotre, Président de l’EPUdF de Calais
Calais
René Lapotre, Président de l’EPUdF de Calais
Ce mois-ci, Liens Protestants est parti à la rencontre de René Lapotre, président du conseil presbytéral de la paroisse de Calais, qui nous retrace son parcours et la situation actuelle de la communauté paroissiale.
L’Église protestante unie de Fives : le temps du changement
Lille
L’Église protestante unie de Fives : le temps du changement
Premier article d'une nouvelle série pour (re)découvrir les Églises protestantes de la Région Nord-Normandie : une présentation de ce qui se vit dans les communautés, les projets, les défis, les espérances...
Les temples ruraux du Pas-de-Calais
Flandres-Artois-littoral
Les temples ruraux du Pas-de-Calais
Les temples d’Achicourt et de Famechon ne sont plus des lieux de culte protestants. Mais bien que désaffectés, ils témoignent toujours d’une histoire locale de la Réforme. Dans cette seizième visite sur vingt, explorons les temples désaffectés de l'Artois.
Emmanuelle Seyboldt : la simplicité vraie
Lille
Emmanuelle Seyboldt : la simplicité vraie
Ce mois-ci, Liens Protestants est parti à la rencontre d'Emmanuelle Seyboldt, pasteure de Fives fraîchement arrivée en septembre dernier.
Jean-Marie Perinetti, futur pasteur troubadour
Lille
Jean-Marie Perinetti, futur pasteur troubadour
Jean-Marie Perinetti nous retrace ici son parcours de foi, qu'il a retrouvée (ou qui l'a retrouvé) sur les chemins, au fil des rencontres...
Pasteur Jan-Albert Roetman, la sérénité de l’expérience
Lille
Pasteur Jan-Albert Roetman, la sérénité de l’expérience
Ce mois-ci, nous sommes partis à la rencontre du pasteur Jan-Albert Roetman, en poste à Lille-Centre depuis quelques années.
Les temples ruraux du Pas-de-Calais : Wanquetin en ouverture
Flandres-Artois-littoral
Les temples ruraux du Pas-de-Calais : Wanquetin en ouverture
Au début du XIXe siècle, c’est en Artois, en milieu rural, dans un triangle limité au nord par Houdain et au sud par Arras et Pas-en-Artois que renaît le protestantisme dans le Pas-de-Calais. Ce sont de petits foyers apparus au XVIe ou au XVIIe siècle, dont les membres ont connu soit la clandestinité, soit l’exil.
Roubaix : un temple restauré  grâce au loto
Roubaix
Roubaix : un temple restauré grâce au loto
En 2021, le loto du patrimoine sélectionnait le temple de Roubaix, inscrit aux Monuments historiques comme bâtiment lauréat pour le département du Nord. Grâce à cet apport financier supplémentaire, de grands travaux ont pu être entrepris pour sauver le temple, en assurant le clocher qui allait tomber et en restaurant la façade et ses vitraux.
Quand la toute-puissance humaine s’invite dans l’Église…
Flandres-Artois-littoral
Quand la toute-puissance humaine s’invite dans l’Église…
Elle en altère doucement le visage. Ce qui devrait rester un lieu d’humilité et de service devient alors le théâtre des ambitions, des calculs et des rivalités. La logique de l’Évangile, faite de dépouillement et de don de soi, se trouve étouffée par celle du pouvoir, qui cherche à s’imposer, à contrôler, à dominer (Édith Tartar-Goddet).