Le temple d’Achicourt
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Temple d’Achicourt début XXe s (P. Wintrebert)
Au centre de la ville, près de la place publique et bordant le ruisseau du Crinchon, quelques pans de murs conservent le souvenir du temple. Ils sont englobés dans un immeuble qui depuis 1945 a abrité successivement une école primaire, des bains-douches, une association et, de nos jours, une crèche.
La paroisse a connu dans les premières décennies du XIXe siècle une histoire mouvementée. Lors du rétablissement du culte, les protestants de ce qui n’est encore qu’un village réputé pour ses maraîchers, se montrent très actifs. Ils forment une communauté organisée, avec des anciens. De concert avec leurs coreligionnaires de Wanquetin, ils réclament dès 1804 la venue d’un pasteur. Ils disposent d’une maison de prière, mais le pasteur Philippe Bellot, qui dessert à partir de 1823 l’ensemble du département, a pour projet de transférer le culte dans la ville voisine d’Arras, ce qu’il parvient à réaliser en 1829. Les Achicouriens rompent alors toute relation avec le ministre et se prennent en charge. En 1835, ils obtiennent de la Société évangélique de France un prédicateur et décident de construire un temple sur un terrain acquis en 1822. La municipalité donne son accord, puis la construction achevée, les protestants officialisent leur entrée en dissidence en apposant en grosses lettres sur la façade du nouvel édifice la formule suivante : « Culte évangélique non salarié par l’État ». Cela provoque la réaction du maire qui revient sur sa décision et interdit le culte. C’est alors qu’intervient le préfet, qui tranche en faveur des protestants dissidents. Débute une crise qui, jointe à une affaire de prosélytisme dont est accusée la femme du haut fonctionnaire, défraie la chronique arrageoise pendant de longs mois, mettant aux prises comme principaux protagonistes, d’une part le préfet et sa femme, d’autre part l’évêque d’Arras, champion de l’antiprotestantisme, allié paradoxalement au pasteur Bellot. Le calme revient progressivement après le déplacement en 1837 du ministre, nommé à Wanquetin, et le départ du préfet en 1840.
En 1844, le temple devait se révéler bien défectueux et trop petit puisqu’il est restauré et agrandi par l’architecte arrageois Auguste Bourgois, qui le dote d’une jolie façade de style gothique. La population protestante ayant très rapidement fondue au XXe siècle, le bâtiment est vendu par la paroisse réformée d’Arras en 1952 à la commune.
Le temple de Famechon
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Temple de Famechon
La région de Pas-en-Artois abrite un foyer protestant au moins depuis le XVIIe siècle, fruit, comme nous l’avons suggéré plus haut, de la venue de prédicateurs de la Picardie voisine. Au début du XIXe siècle, la communauté dépasse en nombre celle des autres oratoires du Pas-de-Calais, Wanquetin excepté. En 1819, le recensement dénombre 198 protestants dans onze communes du canton. L’oratoire, d’abord localisé à Pas-en-Artois, est transféré à Famechon en 1822, car plus de la moitié des fidèles résident dans le village.
Un premier temple est bâti en 1836 sur un terrain donné par la veuve d’un cultivateur, Charlemagne Lefebvre. C’est une construction rudimentaire, en bois, car les moyens sont modestes : ils proviennent d’une souscription lancée auprès des paroissiens, complétée par une aide de l’État. Seize ans après, la bâtisse qui menace ruine est réédifiée en pierre, avec cette fois une participation financière de la commune. L’architecte est un protestant de la paroisse réformée d’Arras, Auguste Gilquain (1812-1854), qui conçoit un beau bâtiment en pierre blanche, de style classique. La date d’achèvement des travaux se lit sur le fronton, au-dessus du portail : 1852. À partir du début du XXe siècle les cultes n’y sont plus célébrés que ponctuellement, la fréquentation se réduisant à une peau de chagrin. En 1969, le conseil presbytéral de Wanquetin décide de rendre le lieu de culte à la municipalité qui en a fait une salle communale. L’édifice a été depuis rénové. On signalera, comme particularité, la présence d’un clocher. Celui-ci a depuis longtemps disparu, mais la cloche est conservée.
Prochainement : le temple anglican de Lille
Pour aller plus loin
DOUAY Jacques, Les protestants du Pas-de-Calais au XIXe siècle, mémoire de maîtrise, 1967-1968 Université de Lille III.
Carte de la France protestante (1851)
Le recensement 1851 pose la question de l’appartenance religieuse. 2,16 % des habitants de la France se déclarent protestants. Ils se répartissent entre 481000 réformés et 268000 luthériens. Il est alors possible de réaliser cette carte. Au milieu du XIXesiècle trois zones de force apparaissent dans le Nord protestant, le Cambrésis, la zone frontalière et l’Artois. L’évangélisation n’a pas encore porté ses fruits dans le Bassin minier et la région lilloise.
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Carte de la France protestante détail
