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Le marquis de Jaucourt
Né en 1757 à Tournan-en-Brie, François-Arnail de Jaucourt descend, par les femmes, de Philippe Duplessis-Mornay, figure éminente du parti huguenot et conseiller d’Henri IV. Après la révocation de l’édit de Nantes, les membres de sa branche restés en France font baptiser leurs enfants dans la religion catholique, tout en conservant une fidélité intérieure à la Réforme. Son grand-oncle Louis de Jaucourt est l’un des principaux rédacteurs de l’Encyclopédie.
De la Révolution à la Restauration
Entré dans l’armée à 16 ans sous la protection du prince de Condé, il est colonel du régiment de Condé-dragons quand éclate la Révolution. Favorable aux idées nouvelles et membre des Feuillants, partisans d’une monarchie constitutionnelle, il préside en 1791 l’administration de Seine-et-Marne, puis représente ce département à l’Assemblée législative. À l’Assemblée, il s’oppose à la guerre en 1792. Sa modération l’isole : il démissionne le 30 juillet, mais est incarcéré. Mme de Staël obtient sa libération à la veille des massacres de Septembre.
Après un exil en Angleterre aux côtés de Talleyrand, puis en Suisse et en Allemagne, Jaucourt revient en France après le 18 Brumaire. Nommé au Tribunat, il défend en 1802 le Concordat et surtout les intérêts protestants, tandis que les Articles organiques organisent les cultes réformé et luthérien. Il entre au Sénat en 1803. Proche de Joseph Bonaparte, qu’il accompagne à Naples, il est fait comte de l’Empire en 1808. Sa pairie devient héréditaire en 1817 sous le titre de marquis.
Rallié aux monarchistes en 1814, il participe au gouvernement provisoire. Il signe les adresses qui délient les soldats de leur serment à Napoléon et appellent les Français à la « véritable monarchie », puis le décret du Sénat du 6 avril qui appelle Louis XVIII au trône. Nommé ministre d’État et pair de France, il siégera à la Chambre des pairs jusqu’en 1848. Pendant les Cent-Jours, il suit Louis XVIII à Gand. À son retour, il est ministre de la Marine du 9 juillet au 26 septembre 1815.
Élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur en septembre 1815, il reste actif en Seine-et-Marne, dont il préside le conseil général en 1817, tout en s’engageant davantage au service du protestantisme français.
Un notable au service du protestantisme
Membre du consistoire de l’Église réformée de Paris depuis 1803, quoique peu assidu, il joue un rôle pacificateur durant la Terreur blanche de 1815. Il intervient en faveur des protestants de Nîmes et contribue à obtenir la réouverture de leurs temples.
En 1818, aux côtés des pasteurs Paul-Henri Marron et Jean-Jacques Goepp, il participe à la fondation de la Société biblique protestante de Paris, première société biblique protestante officielle en France, et la préside jusqu’à sa mort. Cette société est l’un des ancêtres de l’actuelle Alliance biblique française.
En 1829, il devient président de la Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de France. Mécène de nombreuses œuvres, il offre notamment, en 1827, une cloche au temple de Nanteuil-lès-Meaux.
Il meurt le 5 février 1852 à Presles, en Seine-et-Marne, et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.
