Malalatiana, pouvez-vous nous parler du parcours qui vous a menée jusqu’ici ?
Je viens de Madagascar et j’ai grandi dans une famille où mon père était pasteur. Consciente des exigences importantes du ministère pastoral, j’ai entrepris des études de théologie sans avoir le projet arrêté de devenir pasteure, tout en considérant ce temps comme une période de discernement. Je suis arrivée en France en 2014, à Aix-en-Provence, pour y entreprendre des études de droit. J’ai découvert l’EPUdF locale à l’occasion d’une journée de mission consacrée à Madagascar. J’y suis restée car j’y ai trouvé une famille ainsi qu’un espace où il était possible de se poser des questions. Depuis très jeune, la réflexion sur la foi et la lecture des textes bibliques suscitaient en moi de nombreuses questions auxquelles les réponses dogmatiques et catéchétiques ne m’apportaient pas toujours de véritable satisfaction. J’aimais aussi le caractère très engagé et solidaire de l’Église, notamment à travers l’Entraide. Cependant, c’est une situation personnelle qui a profondément remis en question certaines de mes croyances ainsi que mon rapport aux textes bibliques, qui a été déterminante dans ma décision d’étudier la théologie.
Que retenez-vous de cette expérience de suffragance à Nérac ?
Cette expérience a été merveilleuse et formatrice à bien des égards. J’ai été profondément touchée et édifiée par la soif des paroissiens d’être nourris spirituellement, et je suis reconnaissante pour la richesse des échanges que nous avons eus, aussi bien lors des études bibliques que dans les moments informels : en voiture avec certains, autour d’un bon repas avec d’autres. J’ai célébré quatre cultes en trois semaines, à Nérac et à Eauze, mais je n’ai fait que participer à une dynamique que la paroisse a toujours su maintenir et dont je suis admirative : célébrer le culte chaque dimanche malgré l’absence d’un pasteur.
L’expérience qui m’a le plus touchée est celle d’un culte de maison dans le foyer d’un couple quasiment aveugle, malentendant, mais qui faisait de son mieux pour nous accueillir chaleureusement. Pour eux, le culte était un véritable événement, attendu et désiré. Ce format favorisait des échanges très personnels qui m’ont amenée à modifier légèrement ma prédication. J’ai également participé à un groupe de prière à Eauze, et c’est là que j’ai pris conscience de la spécificité des paroisses rurales : les intentions de prière y sont très concrètes et portent notamment sur la sécheresse, les difficultés rencontrées par les agriculteurs, etc. Elles reflètent directement les réalités locales.
La région Sud-Ouest a des difficultés à faire venir et à retenir des pasteurs. Quelles sont selon vous les difficultés d’exercer un ministère en milieu rural ?
En milieu rural, le permis de conduire – qui n’est pas sans un certain coût – est indispensable. Durant mon séjour, j’ai été dépendante des paroissiens, que je remercie chaleureusement ici pour leur disponibilité. La situation matrimoniale entre certainement en ligne de compte lorsque le conjoint ne peut pas trouver de travail dans la région. Pour ma part, je garde un excellent souvenir de cette suffragance et je remercie vivement les paroissiens pour leur accueil si généreux.
