J’ai commencé par travailler 19 ans dans la filière bois. Je suis passé par toutes les étapes de la transformation de cette matière puisque j’ai été bûcheron/tâcheron, ouvrier forestier à l’Office national des forêts. J’ai ainsi planté des milliers d’arbres. J’ai été également agent des routes au conseil départemental du Lot-et-Garonne, et j’ai enfin exercé le métier de charpentier pendant douze ans. J’ai travaillé dans plusieurs scieries et dans quatre entreprises de charpente près d’Agen où je me suis fixé en 1990. Ce sont les compagnons du Tour de France qui m’ont formé au métier.
Nouvelle aventure
Ma reconversion s’est passée en douceur. J’avais commencé mes études à distance à l’âge de 50 ans à l’Institut protestant de théologie de Montpellier. En parallèle de mon travail d’agent des routes, j’avais également des engagements diaconaux au sein de l’Église réformée d’Agen ainsi qu’à l’Acat.
Sylvie, mon épouse, qui est catholique, a cheminé avec moi et, lorsque nos deux filles ont achevé leurs études, elle a accepté qu’à mon tour j’entame une nouvelle aventure humaine et professionnelle en devenant pasteur.
Après mon stage de master effectué à Toulouse, la commission des ministères et le conseil régional de notre Église m’ont mis en contact avec les paroisses de Tonneins et de Marmande. J’ai pu y réaliser mon proposanat entre 2020 et 2022.
Témoigner de ce qui nous dépasse
Le charpentier travaille sur la matière, tandis que le pasteur travaille pour et avec l’humain. Une erreur de charpentier le verra mettre au rebut une pièce de bois coupée trop courte ou mal taillée. Dans le ministère, on doit autant que possible faire particulièrement attention au frère, à la sœur, à l’ami·e que le Seigneur nous appelle à accompagner. Des erreurs ou des maladresses peuvent être lourdes de conséquences.
Mais une des principales convergences est que le charpentier travaille toujours en équipe. En atelier comme sur les chantiers, on est souvent au minimum trois ou quatre. Il faut à la fois faire confiance à ses collègues mais aussi connaître leurs aptitudes, qualités et défauts éventuels. Le pasteur doit lui aussi apprendre ce qu’est la collégialité et le travail à plusieurs, avec un conseil presbytéral, un bureau et une équipe d’animation biblique ou diaconale. Il est également là, me semble-t-il, pour témoigner de quelque chose de plus grand que lui, que nous : la présence d’un Dieu qui s’est manifesté en Jésus-Christ, Parole faite homme.
L’ouvrier, s’il est consciencieux, témoigne également à travers son œuvre d’une réalisation, d’une réalité qui le dépasse. On a tous oublié le nom, l’identité des ouvriers et artisans qui ont réalisé les grands édifices du passé, palais, châteaux, cathédrales ou encore humbles églises des campagnes. Mais l’œuvre, elle, demeure.
Semer des vocations
Il me semble que la vocation pastorale, de ministre, de serviteur, naît le plus souvent d’un appel. Dans la cacophonie qu’est le monde contemporain, il est souvent bien difficile d’entendre ce type d’appel. Cependant, le besoin et la quête de sens sont bien réels dans la société d’aujourd’hui.
Peut-être appartient-il aux pasteurs en poste ou retraités, mais aussi à tous les laïcs, de témoigner de tout ce que leur apporte la vie communautaire, la vie en Église, pour susciter des vocations.
Nous devons semer inlassablement. Il peut se passer parfois bien du temps entre les semailles et les récoltes…
