Si vous allez vous promener dans les Cévennes, peut-être à l’occasion d’une assemblée du Désert, faites un tour au col de la Luzette près du mont Aigoual. Prenez le petit sentier qui serpente entre les pins et les genêts jusqu’à un promontoire, pâtre veillant sur le troupeau des monts environnants ; par beau temps, le spectacle s’étend jusqu’à la Méditerranée qui scintille au-delà du pic Saint-Loup.
Ce n’est pas tout. Devant vous, un monument de pierres forme un carré autour d’une roche. Approchez. Une plaque de marbre indique sobrement : « ANDRÉ CHAMSON, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE, LELETTE CHAMSON, NÉE LUCIE MAZAURIC, 1900-1983 ». Une étonnante sérénité nous saisit, comme dans certains lieux de haute spiritualité. Mais regardez bien la roche. Un mot est gravé au-dessus de la plaque : RÉSISTER.
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Coïncidence ? Le thème de la dernière Assemblée du Désert était : « Femme, Foi, Résistance : retour sur MARIE DURAND ». Cette protestante cévenole, emprisonnée en 1730 dans la tour de Constance à Aigues-Mortes, refusa pendant 38 ans d’abjurer sa foi. On lui attribue le mot « RÉSISTER », gravé dans la pierre de sa geôle. Non, le rapprochement de ces deux inscriptions identiques n’est pas fortuit : profondément marqué par le protestantisme cévenol, André Chamson fut un antifasciste engagé dès 1935 (cf. son premier discours à l’Assemblée du Désert), puis avec des intellectuels pendant la guerre d’Espagne, et un résistant pendant les années sombres aux côtés de Malraux et de Lattre de Tassigny. Admirateur de Marie Durand, il s’inscrit délibérément dans sa filiation en voulant sur sa tombe ce mot « Résister », signature de Marie qu’on reconnaît au fameux S déformé en G.
Dans son roman La Tour de Constance, allégorie de la lutte contre les totalitarismes, Chamson s’inspire des persécutions subies par les protestants au XVIIIe siècle et de l’histoire de Marie Durand, illustrant pour les générations futures la résistance silencieuse à toute forme d’oppression.
Les temps changent, les menaces aussi. Qu’allons-nous faire de cet héritage au printemps prochain ? Tel Ulysse attaché au mât de son navire, saurons-nous RÉSISTER au chant des sirènes, celles qui pourraient nous entraîner dans des gouffres amers au risque d’y perdre notre âme ?
