© J. Assaël
Arnaud van den Wiele, en tenue de poète public, au temple de Marseille Sud-Est.
Qu’est-ce que la métaphysique du presque ?
Je pense que la vie est constituée de tentatives, d’expériences. Nous essayons quelque chose et cela ne fonctionne pas. Nous sommes dans un avant ou un au-delà, dans le presque de nos relations familiales, de nos prédications… Et là où se trouve la brèche, il y a de la poésie, de la foi, une attente. Ce qui est très différent de vouloir absolument atteindre ses objectifs, de vouloir répondre à des critères. La métaphysique se dit dans le presque.
Et qu’est-ce qui a guidé le choix de la couverture de votre livre ?
La photographie de couverture est le détail d’une machine à écrire vue à Prague, dans un café littéraire. Car, pour moi, la machine à écrire est un outil de poésie. C’est un piano à mots. Avec elle, je fais de la poésie, dans la rue ou bien dans ma paroisse. Je retranscris, je traduis ce que les gens me donnent et qui prend une autre forme, celle de textes en rimes ou en prose. Cette machine n’a pas besoin d’électricité, c’est quelque chose de physique. Mon travail est donc un alliage entre une mécanique de précision et une parole de précision.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Mon domaine de recherche, mon domaine de jeu est l’ordinaire, la vie ordinaire. Dans ma bibliothèque il y des livres de Christian Bobin, penseur du quotidien, mais aussi de Kundera ou de Nietzsche. Il y a aussi Éloge du carburateur de Matthew B. Crawford : un livre qui décrit l’intérêt philosophique de démonter le moteur d’une moto ! Ou encore La vie solide d’Arthur Lochmann où l’auteur s’appuie sur son expérience de charpentier. Car je crois que la métaphysique c’est de l’infraphysique. Le Royaume des cieux commence au ras des pâquerettes.
Comment avez-vous composé vos textes ?
Les textes de ce livre ont été écrits sur des machines à écrire mais surtout sur de petits carnets. Ces carnets sont comme des pellicules photo où je viens impressionner une situation, une vision, avec des mots. Pendant quatre ans, suite à mon départ de Gap, en 2022, j’ai écrit 20 carnets qui ont été des laboratoires d’écriture. Au cours de cette période, j’ai travaillé comme clerc significateur pour un huissier de justice, comme ouvrier sur un chantier naval et comme menuisier. Mais ma ligne de vie, c’était l’écriture. Sinon j’avais une perte de sens.
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Et aujourd’hui, quelles sont vos premières impressions à Marseille ?
Je découvre à Marseille Sud-Est une Église qui a une grande histoire, où se croisent le cultuel et le culturel. Je commence à travailler à un nouveau Magnan, avec beaucoup de gens souriants ! Notre fil rouge pour cette année est la liberté. Je suis aussi aumônier à l’Hôpital Européen, toujours à Marseille, un lieu où les protestants sont nombreux et où nous souhaitons refonder le service d’aumônerie.
Arnaud van den Wiele, Métaphysique du presque, Paris, Les Bonnes Feuilles, 2026, 434 p.
À commander sur lesbonnesfeuilles.fr/émergence.
