Prier, sans trop se faire prier

La prière est-elle un message mis dans une bouteille lancée à l’eau ou un courriel avec accusé de réception ? Pour certains, prier, c’est parler à un mur ! Et si au lieu de relater nos propres besoins nous vivions une relation avec les autres, partager une communion plutôt que transmettre une communication ?

« Apprends-nous à prier ! » (Lc 11.1), telle était la requête des disciples de Jésus. Étonnante demande de la part d’hommes pourtant habitués à la prière depuis leur plus tendre enfance. Ils ont grandi au rythme des bénédictions de la synagogue. Ils ont été nourris des Psaumes. Ils ont rendu grâce pour le sabbat, pour les célébrations annuelles… Pourtant, ils éprouvent le besoin de se mettre à l’école de prière de Jésus, tout comme Jean le baptiste avait appris à ses disciples une façon de prier propre à leur groupe. La réponse de Jésus sera le Notre Père. Apprise par cœur, reprise en chœur, c’est la prière qui va caractériser pendant des siècles la piété chrétienne. Aujourd’hui encore, nous devrions éprouver ce besoin de nous mettre à l’écoute, à l’école de prière.

 

Prendre la prière à bras-le-corps

 

Pour Jacques Ellul, « la prière n’a aucune existence en soi, [elle] n’est en rien un objet qui aurait une réalité perceptible ou constatable : il n’y a jamais rien d’autre que des hommes [sic] qui prient. »[1] Prier est une attitude. La prière ne se résume pas à un art oratoire qui ne mobiliserait que le bout des lèvres – quand elle n’est pas confinée au silence du cœur ! C’est une façon de se tenir devant Dieu.
La mise en regard de notre piété avec les autres religions jette une lumière crue sur la désincarnation de notre prière. Juifs et musulmans expriment leur prière tout autant qu’ils l’impriment avec leur corps. Pour Emmanuel Levinas prier, c’est s’exposer[2]. Celle ou celui qui prie prend position. Elle ou il se pose, s’expose, tourné·e face à Dieu, avec les autres, sans masque ni mascarade, à contre-sens de l’esprit de revendication de la société individualiste.

 

Premiers de cordée de prière

 

A la Fondation, nous utilisons des « palets de prière ». Certains croyants glissent des prières écrites sur des bouts de papier dans les interstices d’un mur, nous, à John Bost nous déposons ou nous enfilons sur leur socle nos palets de prière. Au nombre de trois, ils permettent d’exprimer les besoins primaires d’une vie de prière : « merci », « pardon » et « s’il te plait ». Chaque palet a sa couleur : le vert pour l’action de grâce, le rouge pour la contrition et le jaune pour la demande. Un dessin exprime l’intention de prière. Chacun peut ainsi prier selon son choix propre, tout en partageant une même façon de prier avec les autres.

 

Quand les palets sont rassemblés en une seule prière commune, chacun est incorporé dans la prière grâce à la corde à trois brins. Tous s’encordent et s’accordent pour former le cercle. Façon de se recentrer sur la prière, malgré les incapacités physiques, les blocages psychologiques ou les manques. D’un même cœur, au rythme des sons et des silences, nous faisons corps – Église – avec le Notre Père. Cette école de prière s’avère finalement être une école de vie. La prière prend vie et donne envie.

 

 

[1] J. Ellul, L’impossible prière, Le Centurion, 1970, p.61.

 

[2] E. Levinas, Hors sujet, Fata Morgana, 1987, p.221.

 

 

 

 

 

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