Apprendre à gérer la différence

Être une communauté qui apprend des autres, de ceux qui ont une expérience avec le handicap.

Approche

 

Il ne faut pas se leurrer : rare sont les personnes qui ont spontanément envie de rentrer en contact avec le monde du handicap. Et les parents d’enfants handicapés sont les premiers à reculer d’un pas au premier contact avec ce monde-là. Tout le monde a envie de mettre son enfant dans une école valorisante, et je l’avoue, ma première réaction en entrant dans le premier IME (Institut Médico Éducatif) de mon fils âgé de 4 ans était un refus : « il n’est pas comme ça, lui ». Les personnes handicapées aussi font la distinction entre elles. On entend dire par un résident regardant ceux d’un autre pavillon avec un polyhandicap : « oh, les pauvres, ils sont en fauteuil, ils sont handicapés ». C’est d’ailleurs fascinant, cette capacité que l’on a de retirer une forme de consolation à dire que les autres, « c’est pire ». J’entends souvent dire, que fréquenter le monde du handicap permet de relativiser ses propres problèmes qui ont l’air bien moindres que l’abîme de certains handicaps profonds ; mais ce raisonnement est à double tranchant. Evidemment, savoir relativiser ses propres petits bobos face à une situation plus grave, est une leçon de vie positive, mais toujours pour la personne qui est du bon côté. On peut considérer le handicap de l’autre comme quelque chose dont on apprend beaucoup, mais est-ce-que le handicap en soi peut être considéré comme une bonne chose pour la personne qui vit avec ? D’ailleurs, faut-il dire qu’on vit avec son handicap ? Un peu étrange encore, cette façon de parler, car je ne vis pas avec mon handicap comme je vis avec un petit chien. Cela ne relève d’aucun choix.

 

Le monde du handicap

 

On le choisit rarement, on le fréquente parce qu’on est tombé dedans d’une manière ou d’une autre, parce que ça nous arrive, à travers une rencontre, un enfant, un accident, ou l’âge. On oublie souvent qu’il n’y a pas que le handicap de naissance, il y en a aussi beaucoup qui nous arrivent au cours de notre vie, ne serait-ce tous ceux qui sont dus à l’âge.

 

Tous ceux qui ont une expérience avec le handicap peuvent vous le dire : on ne sait pas naturellement comment il faut faire avec, on l’apprend par la force des choses, par l’expérience, et cela prend du temps.

 

Communauté inclusive

 

Alors, si les paroisses ont la volonté et l’envie d’être une communauté inclusive, il y a à mon avis deux extrêmes à éviter. Le premier serait de penser naïvement qu’il suffit de s’aimer et le deuxième qu’il faut être un éducateur spécialisé pour oser se lancer. Un extrême est de faire semblant d’être nullement dérangé par l’étrangeté de l’autre, parce que ce n’est pas vrai et il vaut mieux le dire : « je suis désolé, mais je ne comprends pas ce que vous dites », au lieu de hocher la tête en faisant semblant d’avoir compris. Un autre extrême est de ne rien faire ou proposer par peur de mal faire. Il vaut toujours mieux paraître maladroit qu’indifférent ; au pire l’autre vous le reprochera et seul votre ego en prendra un petit coup. Si vous êtes indifférent, le lien est coupé.

 

Apprentissage

 

Si vous n’y connaissez rien en handicap, et c’est assez logique, personne ne vous en voudra. Vous pouvez demander à la personne en situation de handicap ce que vous pouvez faire pour faciliter les choses, vous pouvez demander à son entourage. Si quelqu’un vous montre qu’il cherche comment faire et qu’il vous le demande : c’est gagné. Et, cet éducateur spécialisé, si vous ne l’êtes pas vous-mêmes, vous le connaissez peut-être dans votre entourage. On ne peut pas apprendre tout seul comment accueillir une personne avec un tel trouble, comment communiquer avec quelqu’un qui n’a pas la même façon de s’exprimer que vous, comment aussi gérer ses propres réactions. Et non seulement on peut demander conseil, mais il faut le faire.

 

Cela ne s’improvise pas, les bons sentiments ne suffisent pas, il faut apprendre. Tout comme les personnes avec un handicap ont dû apprendre à vivre au mieux avec. Plus on a envie d’apprendre, plus il y aura de la joie à accueillir cette personne différente, et pas si différente que ça finalement.

 

 

 

 

 

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