Aumônerie des prisons… pour quoi faire ?

La diversité des profils des personnes détenues justifierait à elle seule la présence de citoyen.ne.s de confiance en prison. Alain Sorba évoque ici le cœur de la mission de l’aumônier.

Le plus souvent, avant d’entrer dans la détention, je prie pour que l’Esprit m’inspire les mots justes, les gestes justes… l’écoute juste ! Et je sais qu’il en est de même pour chaque aumônier et, je le suppose, pour tout ministre dans d’autres situations.

 

La prison a ses particularités et ses spécificités. La population à laquelle nous nous adressons souffre et a fait souffrir. Elle est, de fait, physiquement coupée du monde et le plus souvent dans une grande fragilité psychologique et morale. Fragilité qui évolue dans le temps : à la sidération que ressentent la plupart des personnes détenues au moment de l’arrestation et de l’incarcération succède souvent un grand abattement, puis quelques lueurs d’espoir assombries parfois par l’angoisse d’un avenir incertain et le retour à une vie civile jalonnée de points d’interrogation.

 

Toutes les situations se rencontrent, de celle ou celui qui est figé dans le déni (les erreurs judiciaires doivent exister mais sans doute en moins grand nombre que les détenus clamant leur innocence) à celle ou celui qui, rongé par le remords, n’arrive pas à s’extraire du drame qu’il a fait naître.

 

 « Je » existe grâce à « tu »… et réciproquement (© Pixabay)

 

 

 

Nouer une relation

 

Alors que venons-nous faire, nous aumôniers, dans nos rencontres individuelles en cellule, ou au cours des cultes célébrés en détention, ou dans les études bibliques que nous organisons ? Apporter de « l’air frais », comme nous le disent certains ? Soigner des blessures sans être des psychologues ou des psychiatres ? Évangéliser, mais avec quel message ? Accompagner spirituellement un frère ou une sœur en plein désarroi ? Se conformer seulement aux paroles du Christ en allant Le visiter en prison ?

 

Il n’y a sans doute pas de réponse univoque ou de bonnes réponses. Mais ce qui est certain, c’est que le plus souvent la personne détenue cherche à nouer une relation personnelle avec l’aumônier – je n’en veux pour preuve que le nombre de ceux qui viennent à notre rencontre semaine après semaine, chrétiens ou non, croyants ou athées…

 

 

 

Entre « je » et « tu »

 

Dans ce besoin d’échange et de dialogue en tête-à-tête, je retrouve exactement ce que Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la faculté de théologie de Strasbourg, enseignait dans son cours de DU d’aumônerie. J’en cite un extrait : « “Je” existe grâce à “tu”, et “tu” grâce à “je”. L’homme devient un “je” au contact du “tu”. Il ne peut être sujet que dans la relation. … Le philosophe Martin Buber ne conçoit l’identité d’un sujet que dans l’immédiateté “je-tu”, c’est-à-dire dans l’absence de médiation et dans la communion entre “je” et “tu”… Cette communion peut être verticale : c’est la relation directe du croyant avec Dieu (qu’il tutoie !), ou elle peut être horizontale dans la relation éthique entre un sujet et un autre sujet, le prochain, les deux communions étant intimement liées ».

 

Cette relation peut bien évidemment être établie avec n’importe quel intervenant extérieur à la prison, mais celui qui la demande à l’aumônier, encore une fois croyant comme athée, ne la situe pas sur le même plan : à nous, aumôniers, de répondre justement à la demande… avec l’aide de l’Esprit !

 

 

 

 

 

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