En ce moment, l’homme de ma combe bouge beaucoup. Me voilà embarqué avec lui, voguant vers une île des Baléares, Minorque. Abasourdi et apeuré par le bruit du ferry, j’ai de la peine à trouver le sommeil. Après dix heures de navigation depuis Barcelone, nous nous retrouvons glissant silencieusement sur l’eau du port de Maho.
L’expérience îlienne
Accoster sur une île, c’est se rattacher à la terre et ne plus trembler dans l’incertitude. Nous nous livrons corps et âme à l’insularité, loin de toute attache familière.
Cette île, par son aspect physique, me fait penser au causse Méjean (celui du milieu parmi les causses lozériens), une étendue légèrement ondulée dont les contours se perdent dans l’immensité.
Une végétation anarchique recouvre la roche, chênes verts et oliviers ne sont pas taillés. Des routes, au revêtement parfait, joignent des villages et de petites villes peints en blanc, les rues balayées et les cuivres des portes astiqués. Des murs de pierre, tirés au cordeau, épousent les ondulations du sol.
Au point le plus haut de l’île (300 m), notre regard arrive à embrasser ce nouveau territoire qui s’offre à nous. La tête dans les étoiles et les pieds sur un confetti terrestre dans l’univers, comment, d’Aristote à Galilée, de Galilée à Einstein, avons-nous pu découvrir et comprendre la relativité générale, cette loi révolutionnaire de la gravitation ? Comment avons-nous pressenti cette géométrie de l’espace-temps courbée par des masses contenues dans l’univers ?

Quand Minorque nous aide à réfléchir à notre place dans l’univers
© lidiavaq/Pxhere
Notre place dans l’univers
Faute de pouvoir répondre scientifiquement au « pourquoi », les savants se limitent au « comment ». Éric-Emmanuel Schmitt, saisi dans la nuit, dans le désert, près de l’ermitage de Charles de Foucauld, s’interroge : « Où est Dieu dans tout ça ? » Dans son livre Une nuit de feu, l’auteur constate que l’homme s’instaure « gardien du sens au milieu d’un monde absurde ». Et Dieu dans tout ça ?
« Faute de causalité originelle, nous avons recours à une transcendance, une cause sans cause, hors du monde. » L’écrivain philosophe Éric-Emmanuel Schmitt a rencontré Dieu, au pied du mont Tahar, dans le désert saharien.
« Que m’a-t-Il enseigné ? s’interroge le philosophe. Tout a un sens. Tout est justifié. »
Son incrédulité vaincue, l’auteur reconnaît : « Dans le désert, la vie intérieure se fortifie du vide extérieur. » Sur l’île, l’homme de ma combe a pu libérer son esprit, une expérience de pensée, un vertige émotionnel.
Pour ce numéro de rentrée, il est difficile de coller à une actualité qui daterait du mois de juin. Une fois n’est pas coutume, nous vous livrons une pensée philosophique cévenole.
Le Tay… quel est donc ce mot ? Que veut-il dire ? Comment se prononce-t-il ?
Pour la prononciation, ce n’est pas le Tai… mais plutôt le Tâï !
Maintenant que vous savez bien le prononcer, vous pouvez découvrir le sens de ce mot occitan : un tay est un blaireau.
Et voilà que ce blaireau cévenol nous aide à réfléchir. Pour aller plus loin sur ce sujet, partez à la découverte du dossier de ce numéro.
