Et si on vivait le culte ?

« Qui fait le culte la semaine prochaine ? », vous avez peut-être déjà entendu cette question, posée à la sortie du temple ou à la fin d’un conseil presbytéral. Elle revient régulièrement dans les communautés sans pasteur. Mais même dans une paroisse où un ministre sert l’annonce de la Parole, on peut entendre : « Nous allons faire des cultes autrement », ou encore « Nous avons fait un culte café croissant ». Sans chercher à jouer sur les mots de manière oiseuse, je souhaite partager une interrogation sur l’emploi de ce verbe « faire » quand il est question de cette activité que nous considérons comme centrale dans la vie communautaire d’une assemblée chrétienne.

Avant de poursuivre cet article, je tiens à me placer dans la reconnaissance envers toutes les personnes qui, dans des endroits très différents et des situations très variées, donnent de leur temps et de leur énergie pour animer la vie cultuelle et contribuer ainsi à l’accomplissement de la tâche principale de nos Églises : l’annonce de l’Évangile.

 

Aller ou rendre ?

 

Ça n’a l’air de rien, mais l’expression consacrée dit que l’on rend un culte. C’est déjà une façon de dire qu’on ne le fait pas et bien plutôt de souligner que ce qui rassemble la communauté n’est pas un acte à son initiative, mais l’expression en retour de quelque chose qui a été donné. Quelle chose ? Plein de choses ! Une joie, un sens de la vie renouvelé, une ouverture au monde faite d’une confiance pas toujours tranquille ou passive. Donné par qui ? Par Dieu, d’une façon pas forcément tonitruante, mais suffisamment forte pour que l’on soit prêt à se lever le dimanche matin et parcourir parfois plusieurs kilomètres pour rejoindre le lieu où se déroule la célébration.
Je n’entends pourtant pas souvent l’expression dimanche, je vais rendre un culte. Bien plus fréquemment c’est dimanche, je vais au culte. Comme on dit, je vais au marché ou je vais au travail. Avant d’être un lieu où je me rends pour faire des choses particulières, le culte est une occasion de témoigner de la reconnaissance pour ce que j’ai reçu premièrement de Dieu. Porte ouverte, enfoncée une fois de plus ? Mais pourquoi, alors, nous est-il souvent si difficile de dire ce que Dieu fait pour nous, de témoigner de notre rencontre avec lui ? Reprendre conscience que je ne suis pas à l’initiative du culte, c’est réaffirmer que je ne suis pas à l’initiative de mon existence.

 

Lieu ou acte ?

 

Mais alors, on pourrait dire qu’il suffit de corriger l’expression en s’en tenant à je vais au temple. La justesse géographique de l’affirmation ne compensera pas son problème théologique. Car pour nous, héritiers de la Réforme, le culte n’est pas attaché à un lieu (dont Laurent Gagnebin a déjà eu l’occasion de rappeler combien il était curieux que nous l’appelions temple, nous qui sommes tellement attachés à souligner que nous n’y pratiquons pas de sacrifice…), mais à un acte, qui est celui de l’annonce de la Parole de Dieu. Ainsi, je peux rendre un culte dans la forêt, sans pour cela adhérer au druidisme (étant pasteur en Bretagne, je crois utile de rappeler cette précision).
Mais si le lieu est indifférent à certains égards, il n’a pas à être négligé pour autant. Passons sur l’importance de son entretien, la question est une épine dans la chair de certaines communautés, et nous avons tous conscience que la propreté et la fonctionnalité de nos lieux d’Églises jouent un rôle important dans la qualité de l’accueil que nous offrons. Parlons plutôt de la disposition du mobilier. Celle-ci a un sens que beaucoup négligent. Et souvent, c’est bien plus la force de l’habitude qu’une conviction théologique assumée qui justifie une certaine installation. Force d’un grand poids, qui empêche parfois que l’on enlève quelques bancs, déplace la table de sainte cène ou que l’on ne prêche pas du haut de la chaire. Je n’ignore pas que des questions techniques pertinentes se posent en certains lieux, mais la réappropriation par une communauté du sens même de ce qu’elle vit le dimanche matin passe parfois aussi par une remise en question de l’usage de ses locaux.

 

Faire ou vivre ?

 

La question soulevée au début de cet article était : « Qui fait le culte ? ». J’y reviens pour conclure, en partageant cette conviction que le culte n’est pas d’abord quelque chose à faire, mais quelque chose à vivre. Tant pour les animateurs que pour les participants. Le fait que parfois la célébration consiste en une succession de lectures plus ou moins fluides de textes dont le contenu n’a pas été vraiment pris en compte dessert grandement notre témoignage. Nous avons des choses fortes à dire, à partager ! L’assemblée a besoin que la personne qui prononce ces paroles les rende vivantes et en fasse ressortir la pertinence. Dans une récente intervention pour la formation des prédicateurs laïcs dans notre Région, Laurent Schlumberger a souligné combien il était important que le prédicateur croie en ce qu’il dit. Je crois que l’on peut étendre le propos à toute la présidence du culte. Simple question de technique de prise de parole en public ? Je ne pense pas. Certes, cet élément est important, mais rien ne remplacera l’implication personnelle dans le choix et l’énonciation des textes qui seront partagés. Trop souvent, l’annonce de la grâce ou du pardon de Dieu sont portées par des visages fermés à cause d’une concentration exclusive sur la page à lire. Trop souvent la prière de repentance est dite sur le même ton que l’intercession, ce qui n’aide pas à en voir les différences. Trop souvent aucune prière personnelle ne sera prononcée, au seul motif qu’il ne faut pas faire comme les évangéliques. Je dis bien prière personnelle et pas spontanée. Il est certain qu’il vaut mieux prendre appui sur un texte écrit si l’on craint de ne pas savoir prier à voix haute sans prononcer le mot Seigneur en guise de ponctuation de son discours. Mais quand bien même on ne se sent pas d’écrire soi-même ce que l’on a sur le cœur, une attention profonde portée aux textes que l’on choisit, ainsi qu’une ouverture à la communauté présente ne pourront que rendre davantage concret le message partagé. Deux simples exemples : combien de fois ai-je entendu des prières mentionnant de prendre un temps de silence pour que les participants puissent dans leur cœur revenir sur une situation personnelle, mais n’ai-je pas eu le temps de mentionner ne serait-ce qu’un nom, tant le silence semble faire peur dans nos assemblées ? Combien de fois ai-je entendu le Notre Père récité comme s’il s’agissait du support d’un concours à celui qui le prononce le plus vite ?
Ne faisons pas le culte, vivons-le ! N’oublions pas qu’il s’agit d’un événement plus que d’un acte et que le Seigneur est même capable de nous parler à cette occasion, pour peu que nous soyons plus ouverts à sa présence que canalisés sur ce que nous avons à faire.

 

Culte du Synode régional à La Rochelle, novembre 2017 © Patrick Balas 

 

 

 

 

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