Il va falloir « choisir ton camp ! », m’interpelle un ami.

Choisir. En hébreu, un même verbe est utilisé pour dire « choisir » et « élire », et évoque ce qui est préférable, désirable. Il n’existe donc pas de choix parfait ou absolu..  

 

 

Choisir. En hébreu, un même verbe est utilisé pour dire « choisir » et « élire », et évoque ce qui est préférable, désirable. Il n’existe donc pas de choix parfait ou absolu. Quand Dieu élit dans l’Ancien Testament, il sait que le roi ne sera pas toujours à la hauteur. Et pourtant, Dieu fait confiance et appelle à choisir la vie. Si l’homme est appelé à ne pas rester tiède, c’est pour aller vers ce qui est préférable. La foi est donnée, mais elle appelle une réponse, un choix qui se fait toujours à l’écoute de la Parole et dans un contexte particulier, et qui entrainera un changement.

 

Un camp

 

Le camp est un mot qui vient du vocabulaire militaire. Il est le lieu de départ pour la guerre ou le refuge. Il existe aussi des camps d’ennemis dont Jésus ne nie pas l’existence mais qu’il appelle à ne pas mépriser et même à aimer. Il ne demande pas qu’on soit ami avec tout le monde. Dans la foi, je peux aimer sans être ami : l’amour pour reconnaître la dignité irréductible de l’autre, l’amitié pour vivre une relation volontaire, dans une « bienveillance » réciproque. Enfin, le camp est aussi le lieu d’une halte où, seul ou avec des amis, on se repose ensemble, on occupe une place, on veille… Il peut devenir le lieu de vie d’une communauté que je choisis de rejoindre, en me souvenant que ma fidélité n’est pas à un groupe ou à un parti, mais à Dieu. Une fidélité que je partage avec des frères et sœurs de combat, un beau combat.

 

Un choix ?

 

L’Église peut-elle choisir un camp ? Est-elle elle-même un camp retranché, un refuge ou un camp de ravitaillement ? En France, les Églises et l’État sont séparés. Cela ne signifie pas que l’Église n’a rien à dire et à faire dans l’espace public. Cela signifie simplement qu’elle est libre et indépendante de tous les pouvoirs. La parole de Jésus « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » n’invite pas à la séparation de deux espaces étanches, mais au refus de la sacralisation ou de l’absolutisation de tout pouvoir humain, même au nom de Dieu. L’Église peut parler et agir librement dans l’espace public, sans troubler l’ordre public, sauf dans le cas où la loi lui semble injuste ou illégitime, et où elle choisira alors de désobéir et de résister.

 

 

Des convictions

 

Notre Église, avec la Fédération Protestante, dit aujourd’hui clairement son opposition aux thèses du Front National. Dans l’Histoire, elle a choisi d’agir et de prendre position. En témoignent les prédications de pasteurs courageux pendant la seconde guerre mondiale (1). Ils avaient choisi leur camp. Et quand ils ne parlaient plus, c’est parce qu’ils agissaient silencieusement et discrètement derrière les murs, et qu’il ne fallait pas se faire remarquer pour sauver des vies. Or, ils étaient déjà accusés par une partie de l’Église de faire de la politique, de ne pas aimer la France ou d’idéalisme…Aujourd’hui, le fait même d’aborder dans l’Église les textes bibliques qui abordent la question de l’argent, de l’étranger, de la discrimination, du pouvoir, du repos, c’est déjà participer au débat politique. Si l’Église croit que la foi en Jésus-Christ engage les chrétiens à accueillir l’étranger, à ne pas faire de l’argent un Dieu, à prendre conscience du don de la création, à défendre la justice, prendre soin des plus fragiles… alors oui, l’Église ne peut soutenir aucun parti, mais choisira son camp, en regardant de près ce qui dans les programmes entravera ou au contraire permettra de vivre la liberté, la fraternité et la justice. En continuant à agir et servir, à la suite du Christ, avec les moyens évangéliques de la non-violence active. Quitte à ne pas se faire que des amis !

 

 

 

(1) Patrick Cabanel, Résister, Voix protestantes, Ed. Alcide, 2014

 

 

 

 

 

 

 

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