Le revenu universel de base, bonne ou mauvaise utopie ?

Voilà une réforme qui a quelque chose d’ébouriffant. Il s’agit de distribuer, sans condition aucune, un « revenu de base » à tous les résidents d’un pays, quels que soient leur niveau de fortune et leur place dans la société.

Il faut connaître les origines de cette idée, à la fois philosophique et même théologique. Rousseau, Marx, André Gorz avaient imaginé un système qui détache le revenu du travail : La terre est à tout le monde. C’est le système de la propriété privée qui a enrichi les uns et exclu les autres. Pour corriger ces inégalités, qui font voisiner extrême richesse et précarité insupportable, on proclame que chacun, par sa simple qualité d’être humain, a droit à une vie décente. Dans l’Ancien Testament, il fut proposé une remise à plat de toutes les propriétés à l’occasion du Jubilé, tous les 50 ans. Dans la parabole des ouvriers journaliers, Jésus donne le même salaire à l’ouvrier de la dernière heure qu’à celui de la première heure. Longtemps cantonnée dans les débats intellectuels, cette proposition séduit de plus en plus les mouvements citoyens. Pourquoi revient-elle au-devant de l’actualité ?

 

Résoudre une crise sociale

 

À cause de la crise de notre protection sociale fondée sur une norme de plein emploi, le système, malgré un coût important, ne parvient pas à endiguer la montée de la pauvreté. La croissance va diminuer, « l’emploi salarié, c’est terminé » ose déclarer le sociologue Raphaël Liogier, les ressources de la planète sont limitées, elles seront bientôt épuisées. Il nous faudrait trois terres pour garder notre niveau de vie. Et ceux qui croient que les chefs d’entreprise, en les inondant de millions d’euros, vont relancer le peu de croissance qui nous reste, sont bien naïfs, dans la mesure où le but des patrons est de gagner de l’argent et non de créer de l’emploi.

 

Dans les vingt prochaines années, à cause de la société numérique et de l’automatisation mondiale du travail, des millions d’emplois salariés auront disparu au profit de la robotisation des tâches. Cela va nous obliger à reconsidérer la question du travail, des savoirs, de leur transmission pour imaginer une façon de vivre plus fraternelle, avec moins de contraintes. Fixé à un niveau raisonnable, environ 800 à 1000 € par mois, le revenu de base permettrait cette liberté. Il donnerait à chacun les moyens matériels, modestes, mais suffisants, de choisir son travail (dont la rémunération viendrait en sus) ou bien son activité non rémunérée dans des associations, des ONG ou encore comme artiste ou créateur de son propre projet.

 

Trouver les sources de financement

 

L’idée est séduisante, mais les objections sont nombreuses : comment financer ce revenu ? N’est-ce pas inciter les gens à l’oisiveté ou bien généraliser l’assistanat ?

 

Le financement peut se faire par l’addition des subsides, des primes, des allocations donnés aux chômeurs, aux locataires, aux familles… Mais aussi par la suppression des paradis fiscaux. En 2008, on a refinancé les banques, on financera bien le revenu inconditionnel de base (RIB).

 

Comment est-il possible qu’avec 400 milliards de dépenses sociales par an, on croise encore des sans-abris, des mendiants, des gens qui ne mangent pas à leur faim ? Le niveau du revenu de base restant modéré, l’incitation au travail demeurera. Dans les pays où l’expérience a été tentée (Alaska, Finlande), moins de 5% des bénéficiaires choisissaient l’oisiveté intégrale.

 

Très significative, cette utopie dépasse les clivages traditionnels : les conservateurs en font une critique virulente, mais les partisans se recrutent à gauche comme à droite, parmi les pragmatiques comme les utopistes.

 

Je suis favorable à cette idée. Je pense qu’elle a de nombreux avantages, comme de devenir le fondement d’une nouvelle société, plus fraternelle, moins inégalitaire.

 

 

 

 

 

Cet article est déjà paru dans le Poivrier, revue de l’association Abraham Mazel.

 

http://www.abrahammazel.eu/

 

 

 

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