Prendre soin et espérer pour le vivant

« Prendre soin » de la planète, c’est pérenniser la vie des écosystèmes et de leurs « habitats » pour satisfaire aux besoins et aspirations humaines, dans le temps et dans l’espace. La Genèse nous enseigne ce « prendre soin » : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde. » Genèse 2.15
@ Eva Michálková
@ Eva Michálková

 

 

Le tout récent rapport du Forum économique mondial de Davos reconnaît l’alerte renouvelée des scientifiques : « Les risques environnementaux pourraient atteindre un point de non-retour. » En effet les limites des ressources biogéochimiques permettant de maintenir l’habitabilité de la Terre sont atteintes et même dépassées pour six des neuf paramètres majeurs, conduisant à des modifications globales du système Terre.

 

 

 

Ne pas dépasser les limites sûres et justes

 

Le dépassement des limites est dû à l’intensité des flux de la consommation et des émissions induites, appelées « externalités négatives ». On ne peut en effet durablement utiliser plus de capacités que ce dont la Terre peut disposer ou régénérer, ni continuer à la contaminer. Il est encore temps de trouver les bonnes régulations, notamment afin de limiter le changement climatique et la perte de biodiversité.

 

Les experts exposent ce que sont les limites sûres de la Terre pour y permettre la vie. Certaines concernent les concentrations en matières néfastes comme les métaux lourds ou l’acidification des océans. D’autres sont définies par rapport à une variété du vivant, par exemple grâce à la mesure de la diversité génétique des espèces. D’autres enfin sont liées directement à l’apport de nouveaux ingrédients dans le sol, l’eau ou l’air : azote, phosphore, plastiques, perturbateurs endocriniens, etc.

 

La vitesse de la dégradation au niveau planétaire nous fait saisir le caractère crucial de l’effort à accomplir pour retrouver à terme les équilibres et la pérennité du système terre.

 

D’autant que pour chaque thème identifié correspond une série de liens forts aux activités humaines. Par exemple le changement d’usage des sols et de la part de forêt qui contribuent au captage/stockage du CO2 est directement relié aux besoins de logements, de transports, de terres et de productions alimentaires agricoles, etc.

 

 

La polarisation sociale et la crise de confiance

 

Mais la crise n’est pas qu’environnementale, elle est aussi sociale. Le Forum économique mondial, pourtant instance avant tout préoccupée d’économie, pointe lui-même du doigt la crise de la cohésion sociale, juste derrière les risques environnementaux. Le rapport constate que le fossé se creuse entre des pans entiers des sociétés mondiales, fracturées par les inégalités, la crise du pouvoir d’achat et la persistance de la pauvreté. Cette crise aux racines profondes provoque progressivement une amplification des conflits sociaux et des conflits de valeurs. Le Forum de Davos met en garde contre cette situation de tension et de polarisation sociale qui est, de plus, exacerbée par une crise de confiance généralisée.

 

 

Prendre soin, avec justice

 

Les décisions prises à l’échelle internationale à Paris en 2015 vont dans le bon sens ; elles fixent des objectifs à atteindre par étapes pour 2050 et les découvertes scientifiques et techniques permettent d’espérer répondre à une partie des enjeux. Une partie seulement en effet car la dégradation des ressources et le dépassement des limites ne cessent d’accompagner la croissance et l’accélération du développement mondial actuel. Les techniques ne peuvent seules permettre d’espérer retrouver les équilibres attendus, et les ressources naturelles nécessaires ne suffiront pas à ce rythme de croissance.

 

Ils nous faut donc pour rester dans les limites de l’habitabilité de la Terre en « prendre soin»,  apprendre la sobriété, imaginer d’autres modes de vie, initier d’ autres types de développement pour les générations qui viendront. Seront ainsi à privilégier les dimensions qualitatives des attentes humaines aux dimensions quantitatives : moins d’énergie, de matière, de transport…  Plus de qualité de la vie et de relations vraies, celles qui épanouissent.

 

« Prendre soin », c’est aussi s’assurer de la justice climatique et sociale car les changements attendus, les conversions espérées sont d’autant plus difficiles que le capital de mobilité psychique, émotionnel ou économique est plus faible. Par exemple instaurer une taxe sur les carburants fossiles pour des personnes captives de leurs transports (voitures, camions, tracteurs) ne peut être supporté facilement et sans heurts. Les logements passoires thermiques qui deviendront four fatal dans les canicules à venir seront insoutenables pour leurs habitants captifs. De même les effets du changement climatique sont plus graves dans certaines parties du globe, ils provoqueront des déplacements climatiques qu’il faudra accueillir. Il convient en conséquence de « prendre soin » des personnes socialement ou géographiquement défavorisées, à la fois par solidarité et en termes d’appui à leurs propres capacités.

 

Les adaptations ne pourront se satisfaire de faux-semblants ou d’actions marginales compte-tenu de l’urgence réelle à satisfaire à la fois les limites écologiques et la justice sociale. Car pour qu’une vie soit durable sur terre, encore faut-il qu’elle soit vivable et socialement paisible, c’est-à-dire juste.

 

 

Un festival pour espérer

 

À travers ces constats difficiles, le qualificatif « Terre d’espérance » de ce festival pourrait apparaître hors d’atteinte. C’est un véritable défi pour l’humanité, qui ne peut simplement se définir comme une espèce en interrelation constante avec l’environnement et en impact sur lui. La relation à Dieu et la conscience portent effectivement en elles notre responsabilité de témoignage et de solidarité, pour porter le monde vers son avenir. Responsabilité qui relève des domaines individuels, politiques, sociétaux mais aussi spirituels, c’est pourquoi notre Église s’y engage.

 

L’accueil de l’espérance passe par la reconnaissance de notre finitude, la prise au sérieux des fragilités et des limites des humains, à rebours de la performance et de la toute-maîtrise. Il nous faut alors revisiter nos priorités et entrer en conversion de sens et de mode de vie en résistant aux forces de l’égoïsme et du toujours plus. Or pour résister à nos asservissements il faut un esprit éclairé et responsable.

 

Alors on ne peut plus s’accommoder de la réalité, on la met en question au nom de l’espérance, on veut la dépasser. Espérer c’est aller au-delà, franchir le seuil de ce qui existe au nom de ce qui n’existe pas encore. Inscrire l’inespéré dans nos vies. Espérer c’est une force créatrice qui ouvre à un autre possible. La promesse évangélique est le moteur de l’espérance, nous la recevons dans la confiance comme source d’engagements concrets.

 

 

S’engager pour que vive la vie

 

Le probable n’est pas le certain, l’inattendu est toujours possible, mais il nous faut chacun prendre notre part joyeusement à l’œuvre collective du « prendre soin » de la planète et des plus fragiles, il suffit de mettre la main à la pâte, afin qu’elle lève. Chacun peut s’y engager chez soi, dans son église, dans son quartier, dans sa vie associative et citoyenne, comme autant de mises en valeur de nos conversions, facteurs d’entraînement… donc d’espoir et d’Espérance.

 

 

 

À retenir

 

Festival Terre d’espérance, 4 mai 2024 à Boissy-Saint-Léger, organisé par l’EPUdF-Région parisienne réformée.

 

 

 

 

 

#Actualité #Culture #écologie et justice climatique #Festival Terre d’Espérance

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