La rencontre se vit ici, là-bas, dans toutes les langues ! © Nazrin Babashova/Unsplash
« Vivre l’Église universelle ». Quel beau sujet pour un synode national ! Sans doute le terme « mission » se cache-t-il sous ce titre, mais, lui, n’a plus bonne presse. L’a-t-il eu un jour d’ailleurs ? Oui, et avec de nombreux supporters, mais il a cependant toujours été contesté. Dès la naissance, en 1822, de la Société des missions évangéliques de Paris chez les peuples non chrétiens (sic), la Smep, des voix se sont élevées pour dire qu’on avait assez de pauvres en Europe pour ne pas aller s’occuper des pauvres ailleurs.
Puis, dans les années 1960, quand les Églises d’Afrique et du Pacifique sont devenues autonomes, on a entendu dire qu’ayant obtenu leur indépendance, elles devaient se débrouiller sans nous.
Ce type d’objection qui traverse les siècles, prétend donner la priorité à la mission intérieure : occupons-nous d’abord de la présence de notre Église dans notre société, aujourd’hui, la mission extérieure n’étant plus d’actualité, temps décolonial oblige !
Mission ici et là-bas
Or, en une décennie de ministère au Defap dans les années 1980, m’ayant conduit à sillonner les paroisses de France, j’ai constaté que ceux qui ne souhaitaient pas s’occuper de mission extérieure ne s’occupaient pas plus de mission intérieure… Non, mission intérieure et mission extérieure ne s’opposent pas, elles font corps, et les protestants du Réveil du début du xixe siècle – alors que les Églises sortaient affaiblies par la persécution – s’occupaient ardemment des deux types de mission, relevant du même désir de voir l’Évangile se répandre ici comme là-bas. C’est cela, l’Église universelle, sans frontières ni dénominationnelles ni nationales, ni géographiques.
Donner et recevoir
De surcroît, j’avais fait avant, avec mon épouse, l’expérience de la coopération, qui nous a permis de découvrir qu’en sortant de ses frontières, en croyant apporter quelque chose aux autres, qu’il s’agisse d’aide au développement ou de témoignage de l’Évangile, on découvrait que l’on recevait autant, voire plus, que ce qu’on donnait. Ce sont près de 1 500 jeunes Français qui ont fait ce genre d’expérience.
Des relations à repenser
Pour vivre l’Église universelle, en 1971, nos Églises nationales, se sont donné par décisions synodales deux nouveaux organismes, l’un international, la Cevaa, et l’autre national, le Defap, pour remplacer la Smep. Tous deux ont incarné l’« action apostolique » en lieu et place de la mission, même si ce terme demeurait en sous-titre du Defap, « Service protestant de mission et de relations internationales » ; indication intéressante visant à montrer que les relations établies avec les pays de mission devaient se penser désormais avec les autres d’Europe et d’ailleurs.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce dispositif ? En tant qu’historien et missiologue, je pense qu’il doit être repensé et réarticulé, non pas dans le but de faire autre chose, de l’humanitaire ou de l’interculturel, même si c’est important, mais de continuer avec énergie et imagination la mission, ici et là-bas, ensemble, Églises du Nord et du Sud. Je ne sais si le synode national prochain est décidé à lancer ce chantier. Personnellement je le souhaite, car, pour moi « vivre l’Église universelle » ne peut être que « Mission first ! »
Jean-François Zorn : Une mission protestante dans les temps de crise
