Un concile protestant

Une centaine de délégués et une cinquantaine de conseillers, d’experts et d’invités se sont retrouvés à Bâle du 13 au 18 septembre pour la 8e Assemblée générale de la Communion des Églises protestantes en Europe (Cepe).  

es journaux m’ont surprise : « Dans la cathédrale, un concile protestant ». Il fallait être de Bâle pour comprendre. La cathédrale est en effet, depuis le XVIe siècle, le lieu principal de la communauté protestante. Et le Concile de Bâle (1431-1449) fait partie de l’histoire de la ville, tout comme le grand rassemblement œcuménique de 1989, Justice, paix et sauvegarde de la Création.

 

Le pasteur Locher et le cardinal Koch signant le document ouvrant le dialogue entre Églises protestantes et catholique romaine (© Geke/Cepe)

 

 

 

À l’ordinateur et à la bougie

 

Impressionnant, l’accueil que nous avons reçu dans cette cathédrale de Bâle. Toute la nef du temple avait été aménagée pour les séances : de grandes tables anciennes remplaçaient les rangées habituelles de sièges ; reliées par des câbles et des prises, elles permettaient à chaque délégué de brancher son ordinateur. Heureusement, car l’éclairage offert par les lustres anciens et les bougies à nos places n’était guère suffisant pour écrire à la main. Au-dessus de nos têtes, les voûtes d’un style roman tardif, des piliers aux sculptures finement ciselées et, face à nous, des vitraux aux couleurs rayonnantes datant des XIVe et XVe siècles, après le grand tremblement de terre qui détruisit Bâle en 1356.

 

 

« Mais une assemblée pour faire quoi ? », vous demandez-vous. Six jours c’est beaucoup ! Sous le thème Libérés – liés – engagés, l’Assemblée générale a étudié un certain nombre de documents pour les adopter et les proposer aux Églises membres. Pour ce faire, nous nous sommes laissé porter par des cultes communs où la diversité des traditions liturgiques, linguistiques et musicales a contribué à la joie de tous. Les connaissez-vous bien, ces traditions protestantes en Europe ? Les hussites tchèques, les méthodistes irlandais ou italiens, les réformés polonais, hongrois et danois, les luthériens finlandais, suisses, estoniens, islandais et roumains, les Églises unies de Belgique, de France, de certaines régions allemandes et des Pays bas, les Vaudois italiens, les Frères moraves de la République tchèque, les protestants grecs, croates, slovènes et slovaques ?

 

La cathédrale de Bâle, théâtre d’un concile au XVe siècle,

 

accueillait la 8e Assemblée de la Cepe (© Geke/Cepe)

 

 

 

Une spécificité protestante qui nous relie

 

Comment pense-t-on dans ces différents pays la spécificité protestante qui nous relie ? Sommes-nous en communion et, si oui, quelles conséquences cela implique-t-il ? Pouvons-nous, pour la première fois dans l’histoire, parler d’une voix commune pour commémorer la fin de la Grande Guerre il y a 100 ans ? La réponse fut oui.

 

 

D’autres dossiers trouvent un accueil positif. En premier lieu, le grand chantier autour de la communion ecclésiale. Il concerne l’affirmation d’une catholicité de l’Église une, et la nécessité de se donner des moyens historiques pour sortir des limites nationales. Un synode européen ? Une Charte spirituelle qui nous relie et nous lie les uns aux autres ? Les réflexions théologiques continueront à explorer comment articuler entre elles les affirmations de la foi et les structures ecclésiales.

 

 

Mais, les Églises protestantes cherchent aussi à servir la société. Ensemble nous sommes confrontés aux questions bioéthiques, à l’arrivée de réfugiés, aux mouvements migratoires, à la confrontation des démocraties aux tendances extrémistes, aux liens avec les Églises du Proche-Orient, au dialogue avec les anglicans, les baptistes, les orthodoxes, les catholiques romains… sans oublier les autres religions présentes en Europe.

 

 

Nous ne sommes pas bien habitués à ce que le protestantisme se donne les moyens de parler d’une voix commune. Mais en Europe, depuis 1973, le défi est lancé : attester ensemble cette Église une que nous confessons dans la foi !

 

 

Le dialogue invite à l’action de grâces

 

Le dimanche 16 septembre, au cours du culte, un document important a été signé entre le président suisse de la Cepe, le pasteur Gottfried Locher, et le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch. L’accord porte sur l’ouverture d’un dialogue entre la Communion des Églises protestantes en Europe et l’Église catholique romaine. Quel pas œcuménique – cela vaut la peine d’être souligné ! La date choisie n’était pas neutre : chaque année la Suisse commémore la fin de la dernière confrontation armée et la fondation de la Confédération suisse. Ce fut en 1848. Depuis, un jour d’action de grâces, de pénitence et de prière pour toute la Confédération suisse rappelle la fin des hostilités et invite protestants et catholiques à reconnaître que la paix politique peut s’enraciner dans un terreau spirituel commun.

 

 

Action de grâce aussi entre nous, un millier de personnes environ, rassemblées dans la cathédrale de Bâle pour accueillir la signature d’un accord : oui, il est bon de se retrouver à l’avenir, afin d’étudier s’il est possible de regarder autrement les différences entre Églises. Le pari : changer nos appréciations et accueillir les différences qui demeurent comme des différences non séparatrices. C’est ainsi que le pasteur Locher rappelait, non sans humour, que l’ordination des femmes au ministère de pasteur ou d’évêque n’est pas négociable ; et le cardinal Kurt de répondre sur le même ton : et pour nous, c’est le lien à l’évêque de Rome qui ne peut être marchandé. Des points comme ceux-ci sont-ils causes de division ou expression légitime d’une même foi ?

 

 

Vivre la richesse des différences non séparatrices

 

Ce qui est certain : entre Églises protestantes, un tel cheminement a déjà été très fructueux. Oui, nous avons des sensibilités liturgiques différentes. Oui, nous reconnaissons des accentuations théologiques diverses. Mais réformés et luthériens, méthodistes et vaudois se savent appelés par le même Seigneur pour une même mission. La communion ecclésiale est, avant tout, un lieu de célébration dans l’écoute de la Parole de Dieu ; elle inclut l’accueil réciproque à l’unique table, celle du Christ.

 

 

Une telle reconnaissance demande d’être humblement à l’écoute les uns des autres, disponible pour apporter les changements nécessaires en vue d’un témoignage commun.

 

 

Que manque-t-il encore ? En France, nous nous sommes décidés à faire advenir l’Église protestante unie. Mais quelle attention portons-nous aux préoccupations d’autres Églises en Europe, par exemple en matière de formation des ministres et des bénévoles, du travail théologique et liturgique ? Au niveau européen, nous devons continuer à chercher comment approfondir et structurer notre communion ecclésiale. Rendez-vous donc dans six ans pour une nouvelle Assemblée générale. Entre temps, il s’agit de travailler pour favoriser la réception des orientations déjà décidées et pour la poursuite des grands objectifs.

 

 

 

 

 

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