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Quel est votre parcours ?
J’ai une double formation managériale et théologique. J’ai d’abord travaillé dans des fonctions financières et en ressources humaines, en entreprise puis à l’Église luthérienne d’Alsace et de Moselle. Après une reprise d’études en théologie, j’ai enseigné dix ans en cursus universitaires de théologie et pour divers groupes d’Église, protestants ou catholiques, selon les besoins.
Vous avez longtemps enseigné l’éthique et en particulier le sens et le non-sens du travail. On imagine que cette expérience nourrit votre conception de votre nouvelle fonction.
L’expérience de l’éthique nourrit mon engagement, bien sûr. L’éthique est pour moi un nécessaire point de rencontre entre la foi et les actes. La foi est une formidable puissance d’interrogation du monde, de mise en cause de tout ce qui blesse la vie et l’enlaidit. L’Évangile n’est-il pas une invitation à l’amour en toutes ses pages ? La Bible m’ouvre un horizon de bonté et de beauté, et plus je la lis, plus cet horizon s’élargit. Il semble toujours neuf et toujours à vouloir. La foi libère l’énergie pour vouloir la paix, la bienveillance, la justice. Mais la vouloir vraiment, c’est agir, même petitement, sinon notre foi est vaine. Elle n’est que discours.
Et pourtant nous vivons dans une grande vulnérabilité. Nous en faisons l’expérience chacun et chacune de diverses manières, soit parce que nous sommes sensibles à l’oppression d’une société qui nous enferme, soit parce que nous nous sentons incapables, soit parce nous souffrons de nos manques et de nos limitations. Mais toujours la foi accueille cette vulnérabilité, parce que le Christ l’a accueillie. S’ouvre alors un espace pour du possible pour soi, mais aussi avec et pour les autres. C’est une grâce qui est toujours une surprise. Cette transformation me fascine partout où je la vois apparaître.
L’éthique est alors une tentative de formulation de ce « nouveau » et de ses suites en paroles proposables qui rendent le sens des actes partageables. Écouter le bien, voir le beau et à son tour le dire dans une société plurielle. Ces paroles gardent la trace de l’invisible et du mystère qui les a façonnées, mais destinées à tous, elles deviennent une proposition de sens. Elles ne s’imposent pas. L’éthique est non violente par nature. Dans l’absolu, elle est sans frontières. Elle fait le pari d’une possible conviction commune. Elle construit du sens commun, et nomme l’agir qui en découle.
Ce travail qui noue paroles et actes nourrit ma foi. Mais il instruit aussi la façon dont je peux accueillir la mission que l’Église me confie. Dans le domaine de la formation qui est le mien, c’est une mission d’écoute, de co-construction de propositions de sens et de mises en œuvre communes, nourries par l’Évangile.
Que souhaitez-vous entreprendre du fait de votre responsabilité ?
On dit souvent qu’« entre-prendre » peut se comprendre de deux façons : être « entre », dans la position d’une jointure qui permet à deux membres d’un même corps de se mettre en prise avec un problème, une situation. En ce sens, mon travail sera plutôt d’être à la jointure des besoins de formation et des ressources et de les mettre en lien. Et puis il y a « entreprendre » dans le sens de faire ensemble. Les défis que traverse l’Église aujourd’hui sont immenses. La société a beaucoup changé et l’Église s’adapte, parfois avec bonheur, mais quelquefois dans de grandes difficultés. La formation peut alors contribuer aux solutions. Elle est une façon de prendre soin des personnes et de les accompagner.
