Président de la commission des ministères

Vincent Neyme-Peyron évoque son appel pour son ministère, et nous fait entrer dans les coulisses du fonctionnement de la commission des ministères.

Début juillet 2016, je suis alors pasteur à Bois-Colombes depuis six ans, et partage avec mon épouse, également pasteure, mon désir de poursuivre mon ministère dans cette paroisse.

 

Le lendemain, je reçois un appel de Laurent Schlumberger, président du Conseil National, demandant à me rencontrer. Sans ambages, il m’informe qu’il est fait appel à moi pour devenir président de la Commission des ministères. Il me donne quelques semaines pour réfléchir, tout en me disant qu’il espère vivement une réponse favorable !

 

Cette petite anecdote est révélatrice du fonctionnement de notre Eglise, que je crois profondément juste : les postes à responsabilité institutionnelle, régionale ou nationale, ne sont pas pourvus, suite à un appel à candidatures mais à un discernement « extérieur » et collégial. Surtout, celui (ou celle) qui l’occupe est, fondamentalement, un pasteur de paroisse qui occupe, pendant quelques années, un poste institutionnel, avant de revenir à sa vocation première.

 

Lorsque j’ai été élu président de la commission des ministères, à l’occasion du synode national 2017, j’étais pasteur de paroisse depuis 25 ans. J’avais été successivement en poste au Chambon-sur-Lignon, Neuilly-sur-Seine et Asnières Bois-Colombes.  Durant ces années, j’avais eu l’opportunité de découvrir des communautés très différentes. J’avais également pu faire partie de deux Conseils régionaux, en Centre-Alpes-Rhône et Région parisienne, représenté le Conseil national auprès des EEUdF et intégré brièvement l’équipe des formateurs CPLR.  Ainsi, j’avais des expériences diverses … mais n’avais jamais fait partie de la Commission des ministères.

 

Dès juin 2017, avec l’aide mon prédécesseur, Christian Baccuet, et des membres de la Commission, j’ai découvert les trois missions de la CDM : accompagner les étudiants, proposants, ministères venant d’une autre Eglise ou changeant de type de ministère (par exemple, un pasteur de paroisse devenant aumônier des hôpitaux), discerner collégialement si un candidat peut accéder à un ministère ; participer à la réflexion de l’EPUdF sur l’Eglise et les ministères.

 

Le discernement est bien sûr la mission la plus cruciale. Les décisions sont toujours collégiales, révisables, enracinées dans le partage et la prière. Elles reposent sur des critères objectifs mais également sur des perceptions et ressentis, forcément subjectifs.

 

Souvent, une réponse négative ne ferme pas la porte au ministère mais laisse au candidat le temps de poursuivre son évolution personnelle, ecclésiale ou théologique. Il est arrivé qu’une réponse négative soit reçue avec soulagement. Le candidat pressentait qu’il n’était pas prêt ou disponible et attendait qu’une instance extérieure le lui confirme.

 

Après bientôt cinq années à la Commission, je suis conscient d’avoir beaucoup reçu : j’ai découvert, de l’intérieur, le fonctionnement des instances inter-régionales et nationales de notre Eglise ; j’ai bénéficié des expériences d’Eglises proches : l’UEPAL, les Eglises belges, suisses romandes ou mais celles qui nous sont géographiquement plus lointaines. En effet, à l’image de la société et de notre Eglise, le corps pastoral s’internationalise. La Commission a donc travaillé sur l’accueil de ministres venant de l’étranger, l’interculturalité.

 

Par ailleurs, j’ai été conforté dans la conviction que notre ministère, à la Commission comme en paroisse, est profondément collégial. Rarement l’image paulinienne du Corps m’a semblé aussi juste ! Je suis donc reconnaissant pour cette richesse reçue.

 

Je sais également que je serai heureux de revenir en paroisse car certains aspects du ministère me manquent : la vie communautaire, l’intergénérationnel, la catéchèse etc.

 

Pour conclure, ces quelques mots de Dietrich Bonhoëffer : Dieu hait la rêverie pieuse, car elle fait de nous des êtres durs et prétentieux. Elle nous fait exiger l’impossible de Dieu, des autres et de nous-mêmes. Au nom de notre rêve, nous posons à l’Eglise des conditions et nous nous érigeons en juges sur nos frères et sur Dieu lui-même. La vraie communauté chrétienne est à ce prix : c’est quand nous cessons de rêver à son sujet qu’elle nous est donnée.

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