Charles VII, la guerre et les arts

Quand la guerre de Cent Ans se termine, on pourrait croire que la France, bien que victorieuse, soit exsangue. Il n’en est rien. Le musée de Cluny a la bonne idée de présenter l’extraordinaire essor artistique qui caractérise cette période (1422-1461).

Royaume morcelé, barons tout-puissants et roi d’Angleterre couronné roi de France, le petit roi de Bourges commence son règne en bien mauvaise posture. Charles VII va pourtant reconquérir son royaume progressivement et les artistes seront encouragés par de grands commanditaires dans tout le royaume. L’art évolue dans de nombreux domaines, tandis que le traitement des sujets marque les nouvelles préoccupations d’une spiritualité en plein questionnement.

 

 

Contexte historique et foyers géographiques

 

Pour bien marquer le cadre de l’exposition, la présentation commence par situer le contexte. Après la mort de Charles VI (le roi fou), la France est dans une situation catastrophique. Le nord du pays est occupé par les Anglais et les Bourguignons, ce qui n’empêche pas l’émergence de plusieurs foyers artistiques, fortement inspirés par l’art flamand, en plein essor. Le sud, entre Provence, Dauphiné et le puissant parti des Armagnacs qui soutient Charles VII, donne lui aussi naissance à des courants brillants, différents mais tout aussi féconds.

 

Si la Renaissance, déjà émergente en Italie, ne fait pas encore son apparition en France, des thèmes nouveaux et surtout de nouvelles façons de les traiter passent les Alpes (retour à l’antique, perspective). Les épidémies meurtrières et la guerre n’empêchent pas l’arrivée d’une bourgeoisie prospère, qui se met elle aussi à commander les œuvres aux artistes. Le gothique devient flamboyant, les foyers de production se multiplient tout en se faisant l’écho des angoisses et d’une nouvelle aspiration religieuse.

 

 

Angoisse de la mort et nouvelle spiritualité

 

Souvent présenté comme un roi faible et indécis, dont le sacre à Reims doit beaucoup à l’action énergique et convaincue d’une petite bergère, Jeanne d’Arc, Charles VII vaut mieux que sa réputation. Sa reconquête du pouvoir, bien que lente, est irréversible et ne s’appuie pas seulement sur les victoires militaires. L’exposition montre de nombreuses œuvres d’art commandées pour appuyer le discours sur la légitimité du pouvoir royal. Une magnifique tapisserie, par exemple, montre des lions et léopards menaçants (incarnant les Anglais) entourant un jardin clos figurant la terre bénie de France, habitée par des cerfs ailés à la puissance majestueuse et sereine.

 

Mais c’est surtout le traitement de la mort qui évolue et frappe le visiteur. Le Christ est présenté plus souvent dans sa dimension humaine, proche des souffrances que connaissent les populations. Les vitraux, peintures, enluminures et sculptures exposés traduisent souvent une nouvelle angoisse spirituelle qui ouvrira, entre autres, le chemin à la Réforme au début du siècle suivant.

 

Cette période féconde du Moyen Âge se termine dans une profusion de couleurs, tout en finesse et soutenue par des talents qui méritent bien cette mise en lumière au musée de Cluny.

 

 

© M. Desfontaine - OT Loches TCL Détail en albâtre du gisant d’Agnès Sorel (première maîtresse « officielle » d’un roi de France), vers 1450

© M. Desfontaine – OT Loches TCL

 

Détail en albâtre du gisant d’Agnès Sorel (première maîtresse « officielle » d’un roi de France), vers 1450

 

 

 

Les arts en France sous Charles VII, jusqu’au 16 juin au musée de Cluny, 28 rue du Sommerard Paris 6e. Tlj sauf lundi de 9 h 30 à 18 h 15, jusqu’à 21 h les premiers et troisièmes jeudis du mois, fermé le 1er mai.

 

 

 

 

 

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