Déjà Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le réalisateur décroche une seconde récompense suprême et confirme sa place parmi les grandes figures du cinéma européen contemporain. Mais au-delà de la Palme d’or, c’est surtout l’ampleur de l’adhésion autour du film qui impressionne. Fjord a également reçu le prix du Jury œcuménique et ceux de la Citoyenneté, de la critique internationale et François-Chalais. Une accumulation exceptionnelle qui traduit la portée universelle de l’œuvre.
Tourné en Norvège, Fjord met en scène l’affrontement de deux visions du monde autour d’une affaire de violences présumées sur des enfants. À travers cette situation explosive, Cristian Mungiu explore les fractures idéologiques, les mécanismes de rumeur et de peur et les emballements collectifs qui traversent nos sociétés contemporaines. Sans jamais simplifier les positions en présence, le cinéaste compose un véritable antidote à l’extrême polarisation du monde actuel. Sa mise en scène, d’une maîtrise remarquable, maintient constamment une tension morale et émotionnelle où le spectateur est invité à interroger ses propres certitudes.
Le Jury œcuménique, présidé cette année par la Norvégienne Annette Gjerde-Hansen, a salué « une excellente qualité artistique » ainsi qu’« un avertissement puissant face aux dérives idéologiques ». Les jurés ont notamment souligné la manière dont le film interroge la tentation de transformer la défense des valeurs ou des plus fragiles en système rigide, oubliant alors l’humanité concrète des personnes. Le prix de la Citoyenneté a lui aussi mis en avant cette capacité du cinéaste à regarder chacun de ses personnages avec nuance, sans condamnation définitive. Dans Fjord, chacun porte ses raisons ou convictions, ses peurs mais aussi ses contradictions.
Fjord, Cristian Mungiu, 2026, 2 h 26, 19 août 2026
