Deux reines pour le protestantisme

Nous continuons de parcourir l’histoire à la découverte des femmes qui ont marqué le protestantisme. Certes des femmes proches du pouvoir, donc favorisées, mais qui ont su prendre leur propre chemin, ont fait leur propre choix, celui de découvrir les nouvelles idées humanistes et le nouveau message de la Réforme.

Deux femmes, deux destins. Lettrées, cultivées elles favorisèrent la pénétration des idées de la Réforme en France et en Navarre, alors deux royaumes distincts.

 

Marguerite de Navarre (1492-1549)

 

Marguerite de Valois était la sœur aînée de celui qui deviendra le roi François 1er ; elle le chérissait. Leur mère Louise de Savoie leur donna à tous deux une excellente éducation dans tous les domaines, exceptionnelle pour une fille à l’époque. Aussi quand, Louis XII n’ayant pas eu d’héritier mâle, son frère devint roi de France en 1515, Marguerite fut-elle une brillante princesse à la cour de ce jeune roi de la Renaissance, épris d’art, qui reprend les guerres d’Italie et triomphe à Marignan. Sous l’influence de sa sœur, François 1er s’intéressa au début aux idées de la Réforme qui se répandaient rapidement en France, mais il changea d’avis et commença à les persécuter (premiers bûchers), à la suite de la provocation de l’affaire dite des Placards (1534 : affichage de moqueries contre la messe).

 

Marguerite avait épousé en 1509 le duc d’Alençon, puis, devenue veuve, Henri d’Albret roi de Navarre en 1527. De ce second mariage naquit Jeanne d’Albret, fille unique.

 

Marguerite écrivit d’immenses poèmes pieux, en octosyllabes, souvent pour se consoler de malheurs. Mais elle est bien plus célèbre pour son œuvre en prose l’Heptaméron (une collection de petites histoires souvent fort légères) que pour son œuvre poétique oubliée. Elle avait du courage et du panache ; elle fit par exemple une longue chevauchée pour rejoindre en Espagne son frère, retenu prisonnier et gravement malade.

 

Cette femme de foi fut très proche du cercle des Évangéliques de Meaux, réunis autour de l’évêque Briçonnet, qui voulait un retour à l’Évangile. Elle échangea avec lui une correspondance théologique et spirituelle. Dans ce cercle, elle connut aussi Lefèvre d’Étaples, le premier traducteur de la Bible en français. Partageant une théologie proche de celle de Luther, elle défendit et protégea les protestants auprès du roi son frère, mais son pouvoir dans ce domaine n’était pas grand. À sa petite cour de Nérac, elle hébergea Clément Marot et l’encouragea dans sa traduction des psaumes en vers français pour pouvoir les chanter. Mais, alors qu’elle est très proche des huguenots et de leurs affirmations, entre autres sur le salut par grâce, et que l’un de ses ouvrages a connu une grave condamnation de la Sorbonne, elle n’a jamais officiellement quitté l’Église romaine. Sans doute aussi par fidélité à son frère, dont la mort (1545) fut pour elle un deuil tragique.

 

Jeanne d’Albret (1528-1572)

 

Née en région parisienne, sa fille Jeanne grandit à la cour de France. Pour raison politique, François 1er réussit à la marier, à 13 ans et contre son gré, au duc de Clèves. Plus tard ce mariage non consommé fut annulé ; elle épousa Antoine de Bourbon. Leur fils Henri sera le roi Henri IV, qui introduira en France la dynastie des Bourbons.

 

Comme sa mère, Jeanne d’Albret, attachée au protestantisme, n’a pas rompu tôt avec le catholicisme. Mais désormais on ne pouvait plus ne pas choisir. Elle s’y décida en 1560, sans doute sous l’influence de Théodore de Bèze, hébergé à Nérac.

 

À la mort de son père, Jeanne, devenue reine de Navarre, sut diriger son pays avec sagesse. Voulant y faire adopter des principes protestants et face à l’opposition catholique, elle y imposa la réforme. Elle prit parti pour les huguenots, surtout à La Rochelle, au début des guerres de religion.

 

Elle mourut à Paris, à 44 ans, de maladie et non du poison soupçonné, peu avant le mariage qu’elle voulait du jeune Henri avec sa cousine Margot (St-Barthélémy).

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