Retable de Lucas Cranach, St-Marien zu WittenbergMais la grâce a besoin d’être annoncée : Nous tous qui sommes chrétiens, nous avons le pouvoir des clés… Lier et délier ne sont autre chose que prêcher et appliquer l’Évangile. Délier, c’est annoncer que Dieu a remis les fautes du pécheur… Luther insiste sur le « tous ». La Parole de Dieu engage la parole de tout chrétien.
Le choix initial de Dieu
Quand Martin Luther parle de la prédestination, il n’y a pas de doute, c’est toute l’humanité qui est destinée au salut : la meilleure, infaillible préparation et l’unique disposition à recevoir la grâce, c’est le choix et la prédestination arrêtés par Dieu de toute éternité. Quel choix initial face à l’humanité !
Cette affirmation découle de la place centrale que Luther donne à son « Dieu seul », ou Solus Deus. Car il est convaincu que les humains n’arrivent pas à sortir de leur condition ; elle les tient captifs, recroquevillés sur eux-mêmes. Quand ils cherchent, de leur coté, à penser Dieu, ils restent enfermés dans leurs propres conceptions. Et comme on ne peut pas sortir soi-même d’un marais dans lequel on est tombé, on a besoin d’un point d’appui autre que celui des humains. Le salut doit venir d’un ailleurs. Dieu, dans sa différence, permet un salut sans limites.
Le don de la grâce à travers la résistance humaine
Luther considère les attitudes de contestation intérieure, même de rébellion, comme des passages utiles : quand elles sont dépassées par la foi, le chrétien saisit l’Évangile en vérité. L’obstacle intérieur est un écho nécessaire au vécu humain : il n’attend qu’à être surmonté par la grâce. Quand la grâce s’est frayée un chemin, quand les individus et l’Église portent des fruits, l’amour peut s’exprimer en plénitude.
Mais Luther récuse toute idée que le don de la grâce devrait pouvoir se repérer de l’extérieur. Pour lui, les humains ont toujours besoin du pardon. Destinés à le saisir, ils sont appelés au salut.

