« Bible et Art » est la devise de Marie-Hellen Geoffroy, des Éditions Passiflores, pour qui j’ai initié mon travail de gravure. J’ai illustré de linogravures Graines de, quatre recueils de narrations bibliques issus de notre association de conteuses « Parole contée » à Martigues, ainsi que Le roseau la pierre et le cristal, paru chez Olivétan, dans des tons d’argile rappelant les tablettes mésopotamiennes.
De l’immensité et de la spiritualité
Sous l’impulsion de Marie-Hellen Geoffroy, j’ai fait un choix de montagnes dans la Bible, les plus hauts lieux de spiritualité, et me suis mise au travail. J’ai cherché quelques photos de montagnes et de lieux existants, mais ai surtout laissé vagabonder mon imagination.
Mon souhait était de donner une impression d’immensité.
Ni l’aquarelle dont je suis friande pour mes carnets de voyages, ni la peinture sur soie que j’ai pratiquée longtemps, ni le pastel ne pouvaient rendre cette impression de profondeur dans une toute petite surface.
Attirée par les peintures japonaises et chinoises à la suite d’une année passée au Japon, je reconnais que les peintres chinois et japonais parviennent à rendre le côté mystique des rochers, des cascades, des arbres et aussi des nuages. Donner dans l’espace très restreint de la page l’impression d’ampleur et de puissance que nécessitent les montagnes, tel était mon souhait. La gravure, taille douce, l’élaboration lente, en communion avec le texte, depuis le dessin préparatoire, et surtout le soin porté à l’impression me permet de produire cet effet, accentuant les premiers plans et laissant les espaces infinis s’effacer progressivement dans une brume atmosphérique.
Mettre des mots sur les images en collaboration
J’avais mes 26 montagnes, mes 27 gravures et pas d’écrivain pour leur servir d’appui. Après plusieurs demandes infructueuses, je me suis tournée vers Jean-Marie Dezon, aujourd’hui prêtre dans les Hautes-Alpes. Il a bâti une grande intimité avec les textes bibliques au cours de 25 années passées dans un monastère bénédictin. Il a développé une spiritualité mystique accessible à tous.
Je lui ai envoyé les gravures et les textes bibliques attenants. Il s’est inspiré des gravures. Nous avons beaucoup échangé, j’ai été très touchée par ses écrits, la pertinence, la profondeur et la poésie de ses commentaires. Je lui ai parfois demandé de supprimer des passages, il l’a fait avec beaucoup de bonne grâce. Il a par contre été intraitable sur l’orthographe d’Isaïe : graphie catholique, plutôt qu’Ésaïe, la protestante (pour ne pas confondre avec l’autre nom de Jessé) : une marque visible de l’œcuménisme dans cet ouvrage.
Une mise en pages qui met en valeur textes et gravures
Le coup de génie a été la trouvaille inspirée du maquettiste Frédéric Loeb, réussissant à mettre en relation images et textes. Les textes sur les gravures comme deux lectures enlacées ne font pas que se fonder ou s’illustrer mutuellement, elles se conjuguent : images atténuées, zones cadrées, répétées et agrandies, reflets, ombres, le jeu des échos, d’une page à l’autre se répond avec bonheur.
L’ouvrage a été mis et remis sur le métier, scanné et rescanné, les gravures originales envoyées à l’imprimeur pour qu’il vérifie les teintes. Tout était en marche lorsque Passiflores vint à manquer. Après un travail aussi intense, je croyais en cet ouvrage et me suis donc décidée pour une auto-édition. Mais devant l’ampleur de la tâche de diffusion, j’ai pris peur et suivant des conseils avisés, l’ai proposé à Olivétan, qui a repris le flambeau. Vive Olivétan !

