Peuple de la Parole ?

Olivier Arnera partage ici une réflexion sur l’importance de travailler la prise de parole personnelle.

Dans nos cours, au Parvis, j’aime parler d’art oratoire parce que nous donnons des techniques – c’est donc lié à l’art –, mais il y a aussi une esthétique, une éthique de la parole. Nous voulons donner le goût des grands textes littéraires, religieux… La parole a été très dévaluée, on se méfie des beaux discours, des techniques manipulatoires. Il nous faut retrouver le plaisir d’une parole vraie, qui nous donne une intelligence sensible au monde.

 

Il y a eu des films documentaires et, au-delà, une volonté du gouvernement qui ont permis de redécouvrir l’oralité. Dans une culture saturée de paroles vaines et d’images, nous cherchons des temps et des lieux où retrouver le goût de la parole. J’aime moins le terme d’éloquence, mais il nous rappelle que la culture française s’est construite à travers elle, avec la plaidoirie ou encore la prédication.

 

Olivier Arnera, le geste et la parole

 

(© Parvis des Arts)

 

Des personnes venant de milieux très différents, qui se sentaient jusque-là exclues de leur propre expression subjective, vivent, à travers le fait de « prendre sa parole », une véritable guérison existentielle. Dans les Églises, je suis étonné de constater à quel point les protestants, « peuple de la parole », sont entravés par la peur de se donner soi-même à entendre, la difficulté à exprimer un rapport intime et instantané à la parole biblique… Au cœur de ces entraves, je veux travailler sur un privilège énorme : une fois par semaine, des personnes se rassemblent au culte pour chanter, mais aussi écouter et parler ! Je propose une formation liturgique actuellement à Aix, en relation avec Gilles Pivot, qui connaît bien le sujet.

 

Enfin, j’interviens dans différentes facultés de théologie depuis plusieurs années. Et tout récemment, j’ai fait un détour par le Maroc, à l’institut œcuménique Al Mowafaqa, dont les étudiants viennent d’Afrique subsaharienne. On m’attendait pour donner un cours magistral, mais je n’ai voulu ni table ni prise de note. J’ai pu vérifier ce rapport des Africains à l’oralité, qu’ils considèrent comme leur culture originelle.

 

Prendre la parole, cela a à voir avec la vie intime et spirituelle de chacun, donc avec notre présence au monde, aux autres et à nous-mêmes. C’est un enjeu pour ce qu’on appelle « la proclamation de l’évangile ». Aurons-nous demain les personnes qui pourront parler de Dieu avec une parole juste, dans notre société ?

 

 

 

 

 

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