Saint-Barthélemy : la nouvelle approche de Jérémie Foa

Dans son ouvrage, Tous ceux qui tombent Jérémie Foa renouvelle l’analyse de la Saint-Barthélemy. L’historien s’appuie sur des sources négligées de type juridique et s’intéresse aux massacreurs eux-mêmes et à leurs victimes. Il nous plonge ainsi au cœur du massacre à travers une série de micro-histoires, autant de pièces d’un puzzle qui au final forment un tableau glaçant des événements.

Jérémie Foa a compulsé deux types de documents, les registres d’écrou et les actes notariés qu’il a croisés avec d’autres sources, en particulier le martyrologe1 de Simon Goulart. C’est un travail de bénédictin, car il faut non seulement compulser page après page, année après année, mais il faut aussi reconnaître des individus dont la graphie des noms n’est pas fixe.

 

Une mine d’informations

 

Les registres d’écrou listent de manière chronologique les personnes incarcérées, détaillent leur identité, donnent le motif de leur arrestation et la durée de la peine ainsi que le nom de celui qui les arrête. Or, lors de la troisième guerre de Religion (1568-1570) bon nombre de protestants de Paris sont interpellés et conduits en prison… bourreaux et victimes de la Saint-Barthélemy se rencontrent alors pour la première fois. Les tueurs ont déjà arrêté leurs victimes.

 

Les actes notariés2 sont également une mine d’informations. L’attestation du décès de Loys Chesnau, principal du collège de Tours, permet à son collègue et rival d’occuper son poste. Mais les témoins nommés semblent être plus acteurs que spectateurs. L’inventaire après décès de Thomas Croizier permet de mesurer l’enrichissement d’un massacreur qui finit sa vie dans la maison d’une de ses victimes. Un certificat de catholicité ou un formulaire d’abjuration permettent de suivre le destin des survivants. Certains osent même porter plainte lorsque les circonstances le permettent.

 

Le profil des massacreurs

 

Toutes les micro-histoires exhumées par Jérémie Foa permettent de dresser un portrait des massacreurs. Désormais ils ont un nom, une adresse, une profession… Trois noms se singularisent, Thomas Croizier, Nicolas Pezou et Claude Chenet. Leurs professions, tireur d’or, mercier et brodeur. Ils sont tous issus de la bourgeoisie parisienne et se connaissent très bien. Beaux-frères des uns, parrains des enfants des autres, ils sont tous catholiques zélés, porteurs de la châsse de sainte Geneviève. Ils sont également actifs dans la milice bourgeoise. Les inventaires après décès signalent à leur domicile un véritable arsenal de guerre à côté de tableaux religieux. Selon le registre d’écrou de la Conciergerie, à eux trois ils sont responsables de la moitié des arrestations de protestants entre 1568 et 1570. Ils connaissent déjà leurs victimes.

 

 

Au cœur du massacre

 

La Saint-Barthélemy est un massacre de proximité. Une femme dénoncée par son mari est ainsi massacrée en pleine rue tandis qu’un couple est assassiné à domicile par ses propres neveux. Mais les plus redoutables sont les capitaines de la milice bourgeoise. Dans un premier temps, l’effet de surprise joue pleinement, les massacreurs sonnent à la porte. Les protestants ont l’habitude d’être arrêtés, conduits en prison. Connaître ceux qui vous ont déjà arrêté n’éveille pas la méfiance.

 

Le trio infernal – Croizier, Chenet, Pezou – peut agir en toute liberté. Nicolas Pezou arrête à son domicile le magistrat Pierre de la Place, massacré dans la rue par ses sbires. Thomas Croizier se vante d’avoir exécuté 400 huguenots. Il habite la Vallée de Misère dans une maison en bord de Seine. Une fois arrêtées, ses victimes sont conduites chez lui, assassinées sur place puis jetées dans le fleuve. Claude Chenet tue à son domicile le richissime orfèvre Philippe Le Doux tandis que sa femme bien qu’enceinte est défenestrée…

 

Désormais le massacre n’est plus le fait d’une foule anonyme. Les tueurs comme les victimes nous sont connus. La Saint-Barthélemy ne surgit plus du néant mais s’inscrit dans les dix années de violences qui la précèdent. Paradoxalement il s’agit pourtant du dernier grand massacre de protestants.

 

Tous ceux qui tombent – Visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Jérémie Foa, la Découverte, 2021, 350 p., 19 €

 

 

 

 

 

#Culture #Histoire #Livres #Saint-Barthélémy

6 méditations du Carême 2026 sur l’Évangile de Luc, diffusées sur France Culture chaque dimanche de Carême

NEWSLETTER

Vous souhaitez être informé de l’actualité protestante, inscrivez-vous à nos newsletters.

 

Découvrir nos newsletters

Pour aller plus loin

Docufiction : La fuite des huguenots
Tv & radio
Docufiction : La fuite des huguenots
Le docufiction "La Fuite des huguenots" (2018) retrace les années d'exil qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes. Il est de nouveau disponible, en rediffusion jusqu'au 26 juillet 2026 sur les plateformes de la chaine ARTE.
Vivre et penser la foi : La musique protestante
Paris
Vivre et penser la foi : La musique protestante
À la suite de Martin Luther, auteur et compositeur de cantiques, toutes les dénominations issues de la Réforme chantent avec force et constance, chaque courant et chaque époque de l’histoire du protestantisme mettant en cantiques sa sensibilité propre. Trois conférences accompagnées de musique proposent de découvrir l’histoire mal connue de trois répertoires pourtant couramment pratiqués dans nos cultes.
Canne : Le prix du jury œcuménique 2026
Cannes
Canne : Le prix du jury œcuménique 2026
Du 12 au 23 mai 2026 aura lieu la 79e édition du Festival de Cannes. L’un des films de la sélection officielle recevra un prix au regard particulier, celui du jury œcuménique.
L’Ascension du Christ sous le signe d’une bénédiction
Dijon
L’Ascension du Christ sous le signe d’une bénédiction
Pâques et la résurrection nous ouvrent à la dimension de notre vie qui est plus forte que la mort. Puis quarante jours après Pâques, nous fêtons l’Ascension, où nous sommes invités à nous rendre responsables d’agir en disciple du Christ en ce monde, avec la force que Dieu nous donne. Dix jours après, nous célébrons la fête de Pentecôte, celle du don de l’Esprit saint. En ce temps de l’année liturgique, nous souhaitons vous présenter une œuvre d’art, à découvrir à Dijon et en lien avec la fête de l’Ascension.
Le Foyer de l’Âme : « ici, on enseigne l’humanité »
Histoire
Le Foyer de l’Âme : « ici, on enseigne l’humanité »
C’est avec cette formule aussi riche de sens qu’annonciatrice d’un lieu de grand bouillonnement intellectuel, que nous sommes accueillis lorsque nous pénétrons dans ce temple parisien, haut lieu du libéralisme.
Les cheveux d’Édith
Culture
Les cheveux d’Édith
La mention spéciale 2026 du jury œcuménique de la BD a été décernée à cette bande dessinée. Elle romance douze jours dans la vie de l’hôtel Lutetia, à Paris, et dans celle du jeune Louis en pleine préparation de son baccalauréat, en 1945.
Rencontre avec Jérémie Claeys
Médias
Rencontre avec Jérémie Claeys
De l’illustration au podcast, Jérémie Claeys a fait de l’audio un lieu d’écoute au long cours. Créateur de « Sens Créatif », il a lancé « Hérétique ? » en indépendant et « Protestantes ! » avec Regards protestants, et produit plusieurs séries.
Dufay – Plousiadenos – Chrysaphes
Culture
Dufay – Plousiadenos – Chrysaphes
C’est autour d’un épisode douloureux de la vie de l’Église que l’Ensemble Irini de Lila Hajosi a construit le programme de ce CD.
A hum of maybe
Culture
A hum of maybe
Le compositeur berlinois Apparat a conçu ce nouvel album comme un voyage destiné à être écouté d’un bout à l’autre sans interruption.